Tuesday, May 23, 2006

Périodisation schématique de la fin du Néolithique dans le sud-est de la France

La fin du Néolithique en France méditerranéenne – Périodisation schématique


Olivier Lemercier



Le Néolithique récent / Néolithique final 0 / Période formative


Le groupe Chasséen du Néolithique moyen ne semble pas s’étendre au-delà de 3700 à 3500 pour laisser place à une période encore méconnue qui est qualifiée selon les chercheurs de Néolithique moyen final ou tardif, de Néolithique récent ou encore de premier Néolithique final. En fait, la courte période comprise entre 3700 et 3400 présente des ensembles très différents, dans les mêmes secteurs géographiques. Certaines séries semblent montrer l’existence d’un étiolement des traditions stylistiques et plus encore techniques issues du Chasséen au sein d’assemblages qui conservent cependant de nombreux caractères du Néolithique moyen. Mais ces séries sont encore trop peu nombreuses ou inédites pour faire l’objet d’une caractérisation formelle à valeur générale. Ces ensembles, illustrés en Languedoc par le série de l’Avencas (Brissac, Hérault) (Gutherz, 1980), sont aussi maintenant connus en Provence, principalement en Vaucluse avec les sites du Duc (Margarit et Renault, 2002) et des Juilléras (Lemercier et al., 2002) à Mondragon et sur le site de la Blaoute à Crillon-le-Brave (Buisson-Catil, 1996) ainsi que dans les Bouches-du-Rhône, dans la grotte du Mourre de la Barque à Jouques (van Willigen in : Lemercier et al. à paraître). C’est aussi sans doute à ces ensembles que peut être rapportée la première phase de la nécropole de Château Blanc (Ventabren, Bouches-du-Rhône) (Hasler et al., 2002). Mais, dans cette même période, apparaissent aussi des assemblages sensiblement différents, mis en évidence tout d’abord en Languedoc sur le site de la Mort des Ânes (Villeneuve-les-Maguelonne, Hérault) (Gasco, 1980) mais qui n’avait pas bénéficié de datations. Aujourd’hui, cette série peut être mise en parallèle avec celles mises au jour en Provence, sur le site des Ribauds (Mondragon, Vaucluse) (Margarit et al., 2002) et de la grotte Goulard (Ménerbes, Vaucluse) (Sauzade, 1990). Ces séries sont caractérisées par des morphologies segmentées sans doute issues de la tradition chasséenne mais surtout par la présence de décor de cordons en arceau ou en guirlande qui tranchent nettement, tout comme l’industrie lithique, de ces traditions anciennes. La synchronie radiocarbone de ces différents ensembles (de tradition chasséenne et préfigurant le Néolithique final) dans la période 3700-3400 peut indiquer soit une évolution très rapide, que la résolution du radiocarbone ne permet pas d’approcher, soit l’existence d’évolutions plus ou moins rapides des ensembles chasséens d’une micro-région à une autre, de façon buissonnante et avec ou sans influx extérieurs. Dans tous les cas, les convergences stylistiques observables entre le Languedoc et la Provence ne témoignent pas réellement d’évolutions totalement isolées les unes des autres, mais plutôt de l’existence de phénomènes communs ou d’ensembles culturels encore trop peu représentés pour être clairement reconnus. En Languedoc occidental, comme en Provence orientale, cette période de transition semble encore plus méconnue.


Le Néolithique final 1


Le développement des cultures du Néolithique final se fait donc dans ce contexte. L’apparition du groupe Saint-Ponien et du Ferrières ancien en Languedoc ainsi que du Fraischamp et du Couronnien en Provence succède peut-être rapidement à ces premières manifestations nouvelles, entre 3400 et 3200. Ainsi le Saint-Ponien bénéficie de quelques datations assez hautes vers le milieu du quatrième millénaire et peut d’ailleurs être considéré par certains comme appartenant au Néolithique récent. L’origine du groupe de Ferrières peut sans doute être suivie à partir des définitions de pré-Ferrières et de Ferrières ancien qui s’échelonnent dans la seconde moitié du quatrième millénaire. Le groupe du Fraischamp peut être mis en parallèle avec les phases anciennes du groupe de Ferrières, avec le Vérazien ancien, les premières phases du groupe des Treilles et le groupe de Roquemengarde, avec des datations centrées sur la fin du quatrième millénaire. Malgré un certain décalage pour les dates les plus anciennes, c’est sans doute dans le dernier tiers du quatrième millénaire que se développe le groupe Couronnien en Provence. La situation en Provence orientale ne peut, encore une fois, être précisée en l’absence de fouilles de sites d’habitat. Le développement important des monuments mégalithiques dans cette région pourrait conduire à mettre en relation le début du Néolithique final de cette région avec les groupes contemporains de la diffusion des dolmens (Ferrières en Languedoc oriental et Couronnien en Provence occidentale). L’extension géographique des faciès du groupe de Ferrières doit encore être précisée mais sa présence en Provence rhodanienne et son influence sur les ensembles provençaux jusque dans la moyenne vallée de la Durance à La Fare (Forcalquier, Alpes-de-Haute-Provence) (Lemercier et al., 2004) est notable.


Le Néolithique final 2


Le début du troisième millénaire est principalement marqué par le développement du groupe de Fontbouisse, probablement dès les tous premiers temps du millénaire (Gasco, 2003), alors que la date de disparition du Ferrières n’est toujours pas précisée et que celui-ci semble perdurer quelques siècles dans le troisième millénaire. Le groupe de Fontbouisse semble avoir influencé l’ensemble des groupes du Midi méditerranéen français pendant le troisième millénaire. Ainsi, l’extension des faciès orientaux du groupe de Fontbouisse est évidente en Provence occidentale et jusque dans la moyenne vallée du Rhône. Mais, au-delà, l’apparition de céramiques carénées et de décors de cannelures au sein des assemblages provençaux de la sphère couronnienne est tellement sensible qu’elle a conduit à la définition d’une nouvelle entité appelée groupe Rhône-Ouvèze et actuellement interprétée en terme d’influences fontbuxiennes sur le substrat local couronnien. L’ensemble Rhône-Ouvèze, en cours de redéfinition, correspond en fait à des assemblages assez différents selon les secteurs géographiques, à la fois en poids des traditions fontbuxiennes et couronniennes mais aussi en terme de faciès décorés et de faciès « austères ». Certains sites couronniens, en particulier celui de la Citadelle (Vauvenargues, Bouches-du-Rhône), présentent cependant des séries de datations assez basses, montrant peut-être par cette perduration les limites de l’acculturation d’origine fontbuxienne. Les datations de ces ensembles sont centrées sur la première moitié du troisième millénaire. Vers l’ouest, en Languedoc occidental et septentrional, la dynamique d’évolution culturelle marquée par la perduration des groupes de Véraza et des Treilles, montre elle aussi l’influence du groupe de Fontbouisse sur ces deux cultures avec l’apparition de morphologies et de décors spécifiques. Le groupe du Nord-Vaucluse, généralement attribué à cette phase, n’est pas repris dans cette périodisation en raison des doutes portant sur sa définition. Ce « groupe » semble en effet correspondre à plusieurs ensembles chronologiques distincts pouvant se rapporter à d’autres cultures définies.


Le Néolithique final 3


La troisième phase du Néolithique final correspond dans le Midi méditerranéen à l’apparition et au développement du Campaniforme, entre 2500 et 2400. A l’est du Rhône, les premiers gobelets (styles standard et pointillé géométrique) apparaissent au sein d’assemblages faisant référence aux groupes de Fontbouisse et Rhône-Ouvèze mais généralement sur des sites de topographie particulière et géographiquement localisés sur le littoral et en bordure du Rhône. Dès ces premières phases, des transferts techniques sont remarquables entre ces ensembles culturels locaux et étrangers, tandis que des gobelets campaniformes sont diffusés loin à l’intérieur des terres. Le style pointillé géométrique est assez remarquablement absent du Languedoc oriental, sur les terres du groupe de Fontbouisse, où sont malgré tout présents quelques gobelets standards en contexte fontbuxien. A l’ouest, en Languedoc central et occidental ainsi qu’en Roussillon la situation est plus confuse, les campaniformes du style pointillé géométrique se trouvant fréquemment sur des sites véraziens ruinés ; situation correspondant sans doute à un phénomène d’exclusion géographique car il est très probable, en fonction des datations, que le groupe Vérazien récent perdure jusqu’au milieu du 3e millénaire, au moins. En Provence orientale, où s’étend probablement le groupe Rhône-Ouvèze (ou un autre faciès apparenté au groupe de Fontbouisse), l’apparition des premiers campaniformes sur le site de l’Abri Pendimoun (Castellar, Alpes-Maritimes) se double d’une autre influence, d’origine italique cette fois, avec la présence de céramique à décor métopal (Binder, 2003).
Entre 2400 et 2300, apparaissent les groupes campaniformes récents régionaux du Midi (le groupe pyrénéen et le groupe rhodano-provençal) qui partagent une même céramique commune et des relations importantes avec les groupes ibériques. Ces groupes tendent à remplacer les cultures locales du Néolithique final, par acculturation amorcée dès les premiers temps de la présence campaniforme. La perduration du groupe Rhône-Ouvèze, en Provence occidentale, jusqu’à la période de développement du groupe campaniforme rhodano-provençal n’est attestée que par de rares sites comme celui de la Bastide Blanche (Peyrolles, Bouches-du-Rhône) (Lemercier et al. à paraître), tandis qu’en Provence centrale, les sites de Chemin d’Aix à Saint-Maximin et du Plan Saint-Jean à Brignoles (Var) montrent l’existence d’une phase tardive du Rhône-Ouvèze probablement contemporaine du Rhodano-Provençal. En Languedoc oriental, dans le Gard (comme dans la moyenne vallée du Rhône), l’expansion du Campaniforme rhodano-provençal se fait en synchronie avec les phases récentes du groupe de Fontbouisse. Les associations de mobilier, comme les cas de mixités stylistiques sont maintenant bien assurés (grotte de la Chauve Souris, Donzère, Drôme ; Mas de Vignoles IV, Nîmes, Gard). L’hypothèse selon laquelle le groupe de Fontbouisse pourrait perdurer localement jusqu’à l’aube de l’Âge du Bronze ne peut donc être écartée, même si l’implantation et le développement du campaniforme rhodano-provençal sur l’ensemble de ces régions semblent très importants.

Néolithique final 4 / Bronze ancien 1


L’apparition des céramiques à décor barbelé et des premiers petits objets de bronze dans le Midi méditerranéen de la France marque théoriquement la fin du Néolithique entre 2200 et 2100. Ces apports d’origine orientale (Italie septentrionale, nord-ouest des Balkans) s’insèrent dans l’ensemble de la région considérée et au-delà en remontant la vallée du Rhône pour ne disparaître qu’entre 1900 et 1800 avec le développement du plein Âge du Bronze ancien et de nouveaux influx, rhodanien cette fois. Les fortes traditions campaniformes encore sensibles conduisent à considérer cette période comme partie intégrante du Néolithique final en même temps que comme les prémices de l’Âge du Bronze. Les cultures locales du Néolithique final ont cependant probablement disparu, même si les traditions fontbuxiennes ont pu ponctuellement perdurer en Languedoc oriental.

Wednesday, May 10, 2006

Album 1


Aix-en-Provence, costume campaniformisé, 2002-3


Dolmen du Clos de l'Hoste, Aude, début des années 90


Grotte de Manjaïre, Bouches-du-Rhône, 1983


Forcalquier - La Fare, Alpes-de-Haute-Provence, 1992


La Ponchonnière, Alpes-de-Haute-Provence, 1988


Forcalquier - La Fare, Alpes-de-Haute-Provence, 1992


Col Sainte-Anne, Bouches-du-Rhône, 1985


Ponteau-Gare, Bouches-du-Rhône, 1997


Vallée de l'Ubaye, Alpes-de-Haute-Provence, 1987


Forcalquier - La Fare, Alpes-de-Haute-Provence, 1993


Toulon, Var, 2005


Volx, Alpes-de-Haute-Provence, 2004


La réunion, 2004


La réunion, 2004


La Bastide Blanche, Bouches-du-Rhône, 2003


Porquerolles, Var, 2004 ?


Sardaigne, 1999


Sardaigne, 1999


Florence, Italie, 2001


Besançon, Doubs, 2002


Besançon, Doubs, 2002


MMSH, Aix, Bouches-du-Rhône, 2002 ?


MMSH, Aix, Thèse, Bouches-du-Rhône, 2002


Bandol, Var, 2002


La réunion, 2004


MPGV, Quinson, Alpes-de-Haute-Provence, 2001


Musée de Lisbonne, Portugal, 1999


Stonehenge, Angleterre, 2000


Prague, République Tchèque, 2004


Montmaur, Hautes-Alpes, 2003


La Bastide Blanche, Bouches-du-Rhône, 2003


Lieu inconnu, 2005


4e Millénaire, Aix-en-Provence, Bouches-du-Rhône, 2005


République Tchèque, 2004


Mycènes, Grèce, 1999


République Tchèque, 2004


L’occupation Bronze final 2B du site de
Mondragon – Les Juilléras (Vaucluse)


Olivier Lemercier et Christophe Gilabert
avec la collaboration de Jean-François Berger et Patrick Mellony


1. Le site

Le site des Juilléras a livré des vestiges témoignant de sa fréquentation depuis le Néolithique ancien, jusqu’au premier siècle de notre ère. Un secteur bien conservé a permis la fouille d’un ensemble de structures correspondant à une succession d’occupations du Néolithique récent au Bronze final 2b.
Quelques vestiges mobiliers, mis au jours lors de la phase d’évaluation, témoignent de la fréquentation du secteur au Bronze final I (renseignement oral J. Vital), Il s’agit des fragments de deux petits vases de forme biconique à carène marquée (sans être vive) et lèvre éversée. Aucune structure, ou niveau de sol conservé n’ont pu être repérés pour cette période.
Dans la partie nord de la fouille, une structure isolée a pu être fouillée. Il s’agit d’une structure de combustion à galets chauffés attribuable au Bronze final 2b, qui doit correspondre à une aire d’activité particulière à rattacher à l’important site d’habitat de Laprade (Lamotte-du-Rhône, Vaucluse) situé 250 m au nord (Billaud 1999).
Le cadre naturel et l’historique des recherches ont été présentés à l’occasion de l’étude des occupations néolithiques (cf. infra article spécifique).

2. Implantation de l’occupation du Bronze final 2B

Les observations géoarchéologiques montrent que l’implantation du Bronze final se fait après un important exhaussement de la plaine alluviale, parfois proche de 50 cm suivi d’une pédogenèse calcique marquée par la formation d’un horizon carbonaté à nodules millimétriques qui a recouvert et scellé toutes les traces des occupations antérieures.
Une unique structure attribuée à l’occupation du Bronze final a été mise au jour isolée de tout contexte, dans un secteur marqué par l’absence d’autres structures et de sol archéologique conservé, à l’extrémité nord de la fouille. Rien ne permet de juger de l’effectif isolement de cette structure en raison de la proximité de la berme bordant la fouille au nord. En effet, cette structure pourrait appartenir à un ensemble plus important se développant vers le nord à l’extérieur de la surface étudiée.

3. La structure

Il s’agit d’une grande fosse ovalaire de 3,2 mètres de longueur pour 1,1 mètre de largeur, peu profonde (0,35 mètre au maximum). Cette structure est orientée nord-nord-est / sud-sud-ouest.

Le remplissage se compose de trois niveaux distincts :
- Le niveau supérieur, conservé au maximum sur 0,1 mètre d’épaisseur, est composé d’un sédiment brun foncé qui a livré un abondant mobilier archéologique. Ce niveau est conservé sous la forme d’une lentille dans la partie centrale de la structure.
- Le niveau intermédiaire, d’une puissance moyenne de 0,2 mètre, présente une nappe très dense de galets entiers ou fragmentés. Les galets entiers peuvent atteindre 20 à 25 cm de diamètre, la taille moyenne étant cependant de l’ordre de 10 à 15 cm, mais ils sont rares et conservés uniquement dans la partie périphérique de la structure. Dans la partie centrale, qui présente un net tassement, ne subsistent que des fragments de galets permettant de restituer des blocs de volume identique à ceux conservés en périphérie. Ces galets, de diverses natures et couleurs, ne semblent pas avoir fait l’objet d’une sélection, ni pour leur volume, ni pour leur nature.
- Le niveau inférieur d’une puissance maximum de 0,05 mètre est constitué de charbons et de bûches carbonisées. Pour ce niveau aussi, d’importantes différences marquent la partie centrale de la structure, et sa périphérie. La partie centrale présente un lit de charbon, plus ou moins dense et continu, alors que la périphérie est marquée par la présence de bûches carbonisées conservées au contact du fond de la fosse et immédiatement sous les galets les moins éclatés.
Le fond de la fosse présente des traces de rubéfaction discontinue, mais clairement lisibles.

4. Le mobilier archéologique

Le niveau supérieur a livré, directement au contact du niveau de galets une petite série de mobilier céramique et métallique.
Le mobilier n’est pas très abondant mais présente des éléments caractéristiques qui permettent de préciser la datation de l’ensemble.

4.1 La céramique

La surface de la nappe de galets a livré 324 fragments de céramique. La fragmentation est importante à très importante, et très peu de collages sont possibles. 44 fragments de formes ont été observés dans cette série et ne permettent pas de restituer de formes archéologiquement complètes.
La présence de ce mobilier dans le remplissage supérieur de la structure de combustion et sa répartition homogène, résulte soit d’une réutilisation de la structure en dépotoir, soit d’un dépôt naturel par l’érosion des bords de la fosse et du sol d’occupation alentour.
La céramique présente des surfaces
altérées ou peu travaillées et plus rarement un lissage pouvant être soigné. Les pâtes sont généralement sombre avec des tons de gris et de brun, mais quelques objets présentent des pâtes dans des tons de beige à beige rosé. Le dégraissant est bien visible abondant et assez mal calibré. La calcite semble majoritaire mais des particules de diverses natures sont visibles sur de nombreux fragments.
Les formes peu nombreuses sont représentées par un fond plat, de nombreux fragments de bords et de plus rares fragments de carènes ou d’épaulements. Les bords sont marqués par un aplatissement quasi-systématique de la lèvre qui peut présenter des facettes.
Les éléments de décors sont rares et représentés par des impressions sur la lèvre ou sur la panse et par un fragment d’écuelle présentant un décor particulier de cannelures verticales.
Une petite fusaïole, en céramique, de 3,3 cm de diamètre pour 1,4 cm d’épaisseur, est marquée par un renfoncement de sa partie centrale sur une face, dessinant un bourrelet sur le pourtour, et sur l’autre face par une série de petites impressions très dégradées autour de la perforation centrale légèrement conique.

4.2 Le mobilier métallique

Le mobilier métallique est représenté par deux objets de petites dimensions mis au jour séparément directement au contact de la nappe de galets.
Le premier est une petite épingle affectant une couleur bleu turquoise. La tige présente une section circulaire, avec une pointe régulière dans le prolongement. La partie proximale présente un net aplatissement de la tige qui s’enroule d’un tour complet vers l’intérieur.
- Longueur totale : 8,2 cm
- Diamètre maximum de la tige : 0,3 cm
- Largeur de la tige aplatie à l’enroulement : 0,4 cm
Le second est une agrafe ronde d’un diamètre d’environ 2 cm à l’origine. Elle est formée d’une tôle, très fine, qui présente sur sa face supérieure un décor en relief composé d’un bouton central et de deux cercles concentriques, le bord de l’agrafe est marqué par un petit bourrelet moins développé. L’agrafe présente deux pattes opposées, appartenant à la même tôle, repliées sur la face inférieurs de l’objet. La forme et la longueur de ces pattes ne sont pas identiques.

5. Analyse, comparaison et interprétation et de la structure

5.1 La morphologie


La morphologie et le remplissage de cette structure permette de l’interpréter comme une structure de combustion à pierres chauffantes. Un type d’aménagement communément appelé “ four polynésien ” en se référant à une analogie ethnologique.
Ces structures bien connues depuis le Mésolithique se développent durant tout le Néolithique sous des formes assez variées. Les périodes protohistoriques vont également voir se développer ce type de structures de chauffe et cela principalement à la fin de la période, au Bronze final et au 1’âge du fer ou elles sont très fréquentes notamment dans les régions les plus septentrionales de l’Europe.
Sur le plan typologique cette structure est très proche des autres aménagements connu pour la fin de âge du bronze. La forme allongé est presque exclusive, que la structure soit rectangulaire ou ovalaire comme c’est le cas aux Juilléras. Les dimensions sont quant à elle plus variables surtout au niveau des profondeurs, mais nombre de ces structures n’ont pu comme aux Juilléras être mises en relations avec un sol et le niveau d’ouverture reste difficile à reconnaître.
Différents sites ont donc livré des aménagements comparables et à la fin de l’âge du Bronze (la plupart dans des niveaux du Bronze final III). On peut en citer quelques uns où la morphologie des structures est très proche de celle des Juilleras : Camp militaire à Thoraise (25) (Watts & al. 1995), Puy Saint André de Busséols (63) (Tixier & Vital 1985), Terrasse de la Brégoule à Soyons (07) (Beeching & al. 1985), Château-Blanc à Ventabren (04) (Hasler & al. 1996).

5.2 La stratigraphie

Le remplissage de cette structure suit la même logique fonctionnelle que les autres exemples connus. C’est ce remplissage et plus particulièrement la nature et la stratigraphie de ce dernier qui va nous donner des informations sur le mode de fonctionnement et l’utilisation de la structure de chauffe.

La restitution d’une partie de l’histoire fonctionnelle de la structure s’appuie en effet sur l’observation de la chaîne opératoire à l’origine du remplissage, particulièrement bien illustrée par les exemples sub-actuels du four polynésien tahitien et du Pachamanca andin (Gilabert 1997).
En se fondant sur ces deux paramètres on pourrait décrire ainsi le processus de mise en place et le fonctionnement de cette structure:
- Creusement de la fosse
- mise en place du combustible au centre de la structure et allumage
- dépôt des galets, accumulateurs de chaleurs qui sont disposés en tas puis dispersés ; ceux qui se trouvent au centre de la structure sur l’aire de combustion se fragmentant et s’altérant davantage que ceux situés à la périphérie. Lors de cet épandage, des bûches se retrouvent exclues de l’aire de combustion et connaîtront donc une combustion moins complète.
- dépôt de l’objet à cuire que ce dernier soit un aliment ou une céramique et fermeture de la structure
- cuisson
- réouverture de l’aménagement pour extraire ce qui y a été cuit, suivi du comblement la structure avec son propre bouchon et du sédiment environnant
- la structure peut être réemployée en dépotoir, ce qui peut expliquer le matériel retrouvé dans ses couches sommitales.

L’interprétation comme structure de combustion à pierres chauffantes tient principalement à la présence de galets portant de forts thermostigmates jusqu’à l’éclatement pour ceux les plus proches du centre de combustion. A ce sujet, on peut observer que ces galets n’ont fait l’objet d’aucune sélection particulière ni pour leur taille ni pour leur nature pétrographique. C’est d’ailleurs le cas, la plupart du temps, dans ce type d’aménagement pour cette période.

5.3 Les interprétations de fonctionnements

Avant d’appréhender l’utilisation en tant que telle de la structure de chauffe, il convient de rappeler le principe général qui doit présider à l’utilisation de ce type d’aménagement, il est en effet permis de penser que quels que soient les aménagements et la période à laquelle ils appartiennent, le but recherché par les utilisateurs était d’utiliser les propriétés calorifères - de restitution contrôlée de la chaleur - que permettent ce type de structure.
L’interprétation du four enterré pour cuisson à l’étouffée (Vital 1992) exposée ici est la plus probable au vu de la stratigraphie de cette structure. Elle est aussi la plus fréquemment utilisée pour ce type d’aménagement et la plus fréquente dans la littérature archéologique, guidée sans doute par les exemples ethnologiques bien documentés et banalisés.

D’autres utilisations possibles peuvent être envisagée en se fondant aussi bien sur des données archéologiques qu’ethnologiques :
- la grillade d’aliments par contacts direct avec les calorifères ou par l’intermédiaire d’une claie
- le séchage, la torréfaction des céréales ou encore le boucanage.
- l’obtention de vapeur pour des bains de vapeurs curatifs ou purificateur.
- l’utilisation comme four de potier est également envisageable même si techniquement cette structure parait bien mal adaptée à une telle fonction en comparaison des structures connues comme telles à la fin de l’âge du Bronze.

Cette structure de combustion à pierres chauffantes des niveaux du Bronze final 2b s’intègre à un corpus de structures de chauffe important pour la fin de l’âge du Bronze et le début de l’âge du Fer. Sa morphologie et son remplissage en font un des nombreux exemples de ce type d’aménagement pour ces périodes. Son caractère isolé empêche toutefois d’aller plus avant dans l’interprétation de la structure et son statut au sein de l’habitat.
On peut néanmoins, en la comparant aux autres aménagements de ce type connus pour les mêmes périodes penser que tel n’était pas son statut. En effet, dans les périodes protohistoriques ces aménagements sont, le plus souvent, regroupés dans des zones restreintes et souvent de façon linéaire véritables structures spécialisées dans un espace domestique spécialisé, de la même manière ces aménagements peuvent se retrouver à la périphérie de l’habitat proprement dit ce qui pourrait être le cas de cette structure peut-être à relier avec le site de Laprade distant d’environ 250 m.

6. Comparaison et datation du mobilier archéologique

Concernant l’attribution chrono-culturelle, les formes céramiques représentées essentiellement par leur bord à ressaut et des profils segmentés renvoient probablement à des coupes ou des jattes proches de celles décrites par J. Vital pour la grotte des Cloches (Saint-Martin-d’Ardèche, Ardèche) (Vital 1986) ou pour la Baume des Anges (Donzère, Drôme) (Vital 1990a). Le fragment d’écuelle à décor de cannelures peut être comparé à plusieurs vases de la Baume des Anges (Vital 1990a, fig. 38).
L’ensemble de ce mobilier céramique semble faire référence à des séries attribuées au Bronze final 2b. De plus, la parenté de cette série avec celle mise au jour sur le site de Laprade lors de la campagne d’évaluation semble confirmée par les premières publications de la fouille de ce site (Billaud 1998, 1999).
Le mobilier métallique pourra aussi faire l’objet de comparaisons. L’épingle peut être rattachée à la famille des épingles à boucle au sommet, groupe des épingles à tête repliée et précisément au type des épingles à tête enroulée et tige circulaire. Ce type semble apparaître en France dès le Bronze moyen, et il est commun aux 3 phases de l’Age du Bronze final. Pour le la région languedocienne son apparition serait à dater du Bronze final II (grotte du Prével supérieur à Montclus, Gard). Les dimensions de cette épingle rentrent dans la moyenne reconnue entre 6 et 10 cm (Audouze & Gaucher 1981).

7. Nature de l’implantation

La structure est isolée à proximité de la limite nord de la fouille. Le fait que cette structure soit unique ne peut cependant être assuré, d’autres structures de même type pourraient avoir été implantées immédiatement au nord, cependant les sondages réalisés dans cette zone n’ont rien montré pouvant aller dans ce sens, et si cette structure appartenait à l’origine à un ensemble, celui ci devait être très réduit.
La relation de cette structure avec le site d’habitat de Laprade, 250 mètres au nord, si elle ne peut être assurée avec certitude, semble probable. Il s’agit alors d’un cas intéressant de secteur d’activité spécifique implanté en périphérie de la zone d’habitat proprement dite. Cette activité ne peut être précisée puisque aucun élément archéologique n’est susceptible d’indiquer la fonction de cette structure. De plus les raisons de l’isolement par rapport à l’habitat, d’une telle structure, peuvent être nombreuses (activité rituelle ou polluante...).

Conclusions

L’implantation de cette structure de combustion d’un type particulier qui est sans doute à rattacher à une aire d’activité spécifique, en grande périphérie du vaste site d’habitat de plein air de Laprade semble très intéressante dans le cadre de la problématique liée à l’usage de ce type de structure.

Bibliographie

Audouze & Gaucher 1981, AUDOUZE F., GAUCHER G. : Typologie des objets de l’Age du Bronze en France, fascicule VI : Epingles. Société Préhistorique Française, Commission du bronze, Paris, 1981, p. 3, 27-30.

Beeching & alii 1985, BEECHING A., VITAL J., DAL-PRA G. : La terrasse de la Brégoule à Soyons (Ardèche), une séquence majeure pour la Préhistoire Rhodanienne. Ardèche Archéologie, n°2, 1985, p.4-12.

Bel 1996, BEL V. : TGV-Méditerranée : secteur Valence / Avignon, Bilan des opérations archéologiques. Bilan Scientifique de la Région PACA 1995, Service Régional de l’Archéologie, DRAC, Ministère de la Culture, Aix-en-Provence, 1996, p. 303-307.

Billaud 1998, BILLAUD Y. : Laprade : vaste habitat de plaine de l’âge du Bronze final 2b (Lamotte-du-Rhône, Vaucluse, TGV-Méditerranée). Résultats préliminaires. in : D’ANNA A. et BINDER D. (Dir.) : Production et identité culturelle, actualité de la recherche, Actes des Rencontres Méridionales de Préhistoire Récente, deuxième session, Arles, novembre 1996, Editions APDCA, Antibes, 1998, p. 377-391.

Billaud 1999, BILLAUD Y. : Laprade, Lamotte-du-Rhône (Vaucluse) : un habitat de plaine à architecture de terre au Bronze final 2b, BSPF, Tome 96, n°4, 1999, p. 607-621.

Gilabert 1997, Gilabert C. : Le "Four polynésien". Problèmes et interprétations d'un type d'aménagement entre le Mésolithique et l'Age du fer, Université de Provence - U.F.R. Civilisations et Humanité - Département d'Histoire, Mémoire de Maîtrise sous la direction de R. Chenorkian, 1997, 207 p., 51 fig.

Hasler & alii 1996, HASLER A., COLLET H., DURAND C. : Ventabren (Château-Blanc), Bilan Scientifique de la région PACA 1995, Service Régional de l’Archéologie, DRAC, Ministère de la Culture, Aix-en-Provence, 1996.

Lemercier & alii 1997, LEMERCIER O., DÜH P., LOIRAT D., MELLONY P., PELLISSIER M., SERIS D., TCHEREMISSINOFF Y. & BERGER J.-F. : Mondragon - Les Juilléras. Bilan Scientifique de la Région PACA 1996, Service Régional de l’Archéologie, DRAC, Ministère de la Culture, Aix-en-Provence, 1997, p. 159-161.

Lemercier & alii 1998, LEMERCIER O., DÜH P., LOIRAT D., MELLONY P., PELLISSIER M., SERIS D., TCHEREMISSINOFF Y. & BERGER J.-F. : Les Juilléras (Mondragon - Vaucluse) Site d’habitat et funéraire du Néolithique récent, Néolithique final, Campaniforme - Bronze ancien et Bronze final 2b : Premiers résultats. in : D’ANNA A. et BINDER D. (Dir.) : Production et identité culturelle, actualité de la recherche, Actes des Rencontres Méridionales de Préhistoire Récente, deuxième session, Arles, novembre 1996, Editions APDCA, Antibes, 1998, p. 359-368.

Lemercier & Margarit (Dir.) en préparation, LEMERCIER O ., MARGARIT X. (Dir.) BERGER J.-F., CONVERTINI F., DELHON C., DÜH P., DUPORT K., EL MANSOURI M., FURESTIER R., GILABERT C., HEDLEY I., LAZARD-DHOLLANDE N., LOIRAT D., MELLONY P., OZANNE J.-C., PELLISSIER M., PEYRIC D., PROVENZANO N., RENAULT S., TCHEREMISSINOFF Y., THIEBAULT S., van WILLIGEN S. : Séquences environnementales et archéologiques du Néolithique à l’âge du Bronze dans la basse plaine du Tricastin. Les Juilléras, Le Duc, Les Ribauds à Mondragon (Vaucluse), en préparation.

Tixier & Vital 1985, TIXIER L., VITAL J. : Observation sur 3 fosses du Bronze final 3 découvertes &au Puy Saint-André de Busséol (Puy de Dôme), Revue Archéologique Du centre de la France, t. 24, fasc. 1, p. 17-34.

Vital 1986, VITAL J. : La grotte des Cloches à Saint-Martin-d’Ardèche. BSPF, Tome 83, n°11-12, p. 503-541.

Vital 1990a, VITAL J. : Protohistoire du défilé de Donzère, l’âge du bronze dans la Baume des Anges (Drôme). Documents d’Archéologie Française, n°28, Editions MSH, Paris, 1990, 152 p., 57 fig.

Vital 1990b, VITAL J. : Habitats de l’Age du Bronze dans la vallée du Rhône et les Alpes occidentales. in : Un monde villageois. Habitat et milieu naturel en Europe de 2000 à 500 av. J.-C., Musée de Lons-le-Saulnier, 1990 p. 113-128.

Vital 1992, VITAL J. : Habitats et sociétés du Bronze final au premier âge du Fer dans le Jura, les occupations protohistoriques et néolithiques du Pré de la Cour à Montagnieu (Ain), éditions CNRS, Paris, 1992, 253 p.

Watts & Mayer 1995, WATTS D. MAYER N. : Thoraise camp militaire -H1-, Bilan Scientifique de France-Comté 1994, Besançon 1995, p.38.


Les occupations néolithiques de
Mondragon - Les Juilléras (Vaucluse)


Olivier Lemercier

avec la collaboration de
Jean-François Berger, Patricia Düh, Denis Loirat, Nathalie Lazard-Dhollande,
Patrick Mellony, Anne-Flore Nohé, Muriel Pellissier, Stéphane Renault,
Damien Seris, Yaramila Tchérémissinoff



Initialement publié : LEMERCIER O., avec la collaboration de BERGER J.-F., DÜH P., LOIRAT D., LAZARD-DHOLLANDE N., MELLONY P., NOHE A.-F., PELLISSIER M., RENAULT S., SERIS D., TCHEREMISSINOFF Y. (2002) – Les occupations néolithiques de Mondragon – Les Juilléras (Vaucluse), in : Archéologie du TGV Méditerranée, Fiches de Synthèse. Tome 1 : La Préhistoire. Lattes : Publications de l’UMR 154 du CNRS, 2002, p. 147-172. (Monographies d’Archéologie Méditerranéenne, 8).

Avec l’iconographie complète (plans et figures du mobilier)


Résumé :

Le site de Mondragon - Les Juilléras (Vaucluse) a livré des vestiges témoignant de sa fréquentation depuis le Néolithique ancien, jusqu’au premier siècle de notre ère. Un secteur bien conservé a permis la fouille d’un ensemble de structures correspondant à une succession d’occupations du Néolithique et de l’Age du Bronze.

Quelques éléments mobiliers témoignent d’une fréquentation ancienne du site, dès le Néolithique ancien et le Néolithique moyen. Malgré l’absence de structures ou de sols archéologiques conservés, il s’agit ici d’indices de l’occupation de la basse plaine, à des fins probablement agricoles, qui s’intègrent dans une aire marquée par la densité des sites mis au jour sur le tracé du TGV Méditerranée. L’occupation du Néolithique récent, la plus ancienne ayant livré d’importantes structures conservées, présente un site funéraire d’un type encore inédit dans la région. L’occupation du Néolithique final n’est représentée que par quelques structures en creux, témoignant d’une implantation domestique en plaine, qui ont livré un mobilier archéologique caractéristique et intéressant sur le plan chronoculturel. L’occupation du Campaniforme - Bronze ancien est la plus importante du site par le nombre des structures et la quantité du mobilier qui lui sont rattachés. Il s’agit d’un habitat structuré, présentant des secteurs d’activités spécifiques (implantations domestiques, cellule d’inhumations...), qui peut être attribué à une phase de transition importante à la charnière du Néolithique final et du début de l’Age du bronze ancien.


1. Le site et l’opération archéologique

1.1 Eléments géographiques et géoarchéologiques

Le site est implanté dans la partie méridionale de la basse plaine alluviale du Tricastin, à égale distance, environ 3 km, du Rhône à l’ouest et des collines de Mondragon à l’est. L’unité paysagère dans laquelle a été implanté le site est caractérisé par un fort alluvionnement, à l’origine de dépôts de sédiments fins sur la terrasse würmienne pendant l’Holocène (2 à 4 m). Cette unité correspond aux cônes de déjection holocènes de deux rivières préalpines, le Lez et le Lauzon, qui débouchent depuis l’arrière pays tricastin mollassique, à la hauteur de Bollène, pour se jeter dans le Rhône plus à l’ouest, après avoir traversé la partie méridionale de la basse plaine du Tricastin.

Le site est marqué par une succession de phases de sédimentation et de phases de pédogenèse à l’Holocène. Lors des périodes d’accrétion accélérée, liées au dérèglement du réseau hydrographique préalpin et souvent à la remontée du niveau des nappes phréatiques, l’occupation et l’exploitation de cette unité morphopédologique sont rendues difficiles et expliquent probablement les abandons récurrents du site au cours de la préhistoire récente.

Le site des Juilléras dans la plaine du Rhône, en cours de fouille (photo O. Lemercier)


1.2 Historique des recherches

Le site de Mondragon - Les Juilléras a été mis au jour lors de la campagne de sondages mécaniques systématiques de la première phase de l’opération archéologique sur le tracé du TGV Méditerranée, par G. Alfonso et son équipe en 1995. Une campagne d’évaluation, réalisée par notre équipe, d’octobre 1995 à janvier 1996 a permis de préciser la chronologie des occupations des différents secteurs sur plus de trois hectares ainsi que la localisation de deux sites principaux marqués par un relatif bon état de conservation (Bel 1996). Le site des Juilléras a fait l’objet d’une fouille complémentaire d’avril à juillet 1996 (Lemercier & alii 1997, 1998).


Log dans un sondage stratigraphique montrant la puissance des recouvrements holocènes dans le secteur (photo O. Lemercier)


2. Les témoignages de fréquentation du Néolithique ancien et moyen

2.1 Données stratigraphiques et géoarchéologiques

Des vestiges épars et rares du Néolithique ancien et moyen couronnent un sol gris hydromorphe polyphasé altérant un épais horizon carbonaté nodulaire de 30 à 50 cm de puissance qui recouvre la terrasse würmienne.

2.2 Le mobilier archéologique

Les vestiges mobiliers qui se rattachent à ces occupations sont peu nombreux et très fragmentaires.

2.2.2 La céramique

Le Néolithique ancien


- Un vase à pâte noire et surface beige (extérieur) et brun noir (intérieur) présentant un dégraissant très fin et très calibré, représenté par un fragment de bord biseauté vers l’intérieur, sur une forme droite. Le bord est décoré de deux rangées régulières de pastilles appliquées. Les pastilles de la rangée extérieure débordent formant des boutons en relief au sommet du vase. Sur la panse, descendent à partir du bord et pseudo-verticalement (une légère courbure peut être observée) des cordons lisses. Entre ces cordons, une autre pastille a été appliquée au contact de celle du bord.

- Un vase à pâte brun foncé à noire et surfaces brun-rougeâtre (extérieur) à noire (intérieur), au dégraissant bien calibré de taille moyenne. La forme est droite, légèrement ouverte avec un bord droit et la lèvre est aplatie, présentant un très léger épaississement vers l’extérieur. Une anse en ruban, assez épaisse, mais bien proportionnée se développe 2,5 cm sous le bord.

- Un vase à pâte et surfaces beige à brun marqué par un dégraissant peu calibré, pouvant être grossier et composé de nombreuses particules de natures diverses, présente une large anse en ruban dont l’attache au vase est soulignée par un décor en relief ou la présence de l’aménagement la liant à un cordon en relief.


Le Néolithique moyen

- Un ensemble comprenant 23 fragments de céramique est marqué par une pâte de couleur beige à orangé parfois sombre et des surfaces de couleur beige à rougeâtre. Le dégraissant composé de particules diverses est assez mal calibré mais reste assez fin. Le traitement de surface est assez soigné et caractérise l’ensemble de cette série qui ne doit pas correspondre à plus de 2 ou 3 récipients.

Un panneau de 14 fragments permet de restituer un vase de forme ovoïde à paroi légèrement redressée en un bord droit à lèvre arrondie. Il présente un mamelon de préhension ovalaire disposé horizontalement 5 cm sous le bord.

Un autre fragment présente une préhension érodée indéterminable. L’épaisseur du tesson indique qu’il s’agit probablement d’un récipient différent du précédent.

2.2.3 L’outillage lithique

Associé au groupe de tessons précédent attribué au néolithique moyen, un seul objet lithique en silex peut être rattaché à ces occupations. Il s’agit d’un fragment proximal de lame, de section trapézoïdale, en silex blond.
Un sondage profond a livré dans un niveau attribuable à ces périodes, un unique fragment de galet en roche verte présentant les traces d’un probable polissage. Il s’agit d’un fragment proximal de lame d’outil poli.

2.3 Comparaisons et insertion chronoculturelle

Les éléments céramiques mis au jour dans les niveaux anciens du site de Mondragon - Les Juilléras font référence pour une grande partie aux séries attribuées au Néolithique ancien Cardial.

Le vase décoré de cordons verticaux et pastilles appliquées se rattache à ceux du même type connus à Escanin 2 (Les-Baux-de-Provence, Bouches-du-Rhône) (Montjardin 1966, 1970 et 1995), à la Grande Baume (Gémenos, Bouches-du-Rhône), au Barratin (Courthézon, Vaucluse) (Courtin 1974) ou à la grotte de Pâques (Collias, Gard) (Roudil 1972) et la grotte du Vieux Mounoï (Signes, Var) (Cazenave & Hameau 1989). Ce type de mobilier fait référence au Cardial classique daté de 5600-5050 BC (Van Willigen 1996).

Le vase attribué au Néolithique moyen fait référence par sa forme, son aspect général et sa préhension à des objets attribués, en Provence et dans la vallée du Rhône, au Chasséen récent (Courtin 1974, Beeching & alii 1995).

3. L’occupation du « Néolithique récent »

3.1 Données stratigraphiques et géoarchéologiques

L’occupation du Néolithique récent s’implante après un épisode d’exhaussement de la plaine suivi d’une stabilisation accompagné par la formation d’un horizon calcique.

3.2 Nature et implantation des structures

L’occupation du Néolithique récent n’a pu être repérée que sur une faible surface où les structures sont regroupées. L’extension du site dans l’emprise a pu être mesurée dans un axe nord/sud, mais la trop faible emprise est/ouest ne permet pas de préciser l’extension de l’occupation dans ces directions. Elle est marquée par la présence de deux structures de grandes dimensions très dégradées correspondant à la première implantation sur le site, et par une petite série de quatre structures en creux aménagées postérieurement à la construction de l’une des grandes structures construites.

3.3 Description des structures

3.3.1 Le monument funéraire ST.8

Le monument ST.8 se présente comme une construction en grandes dalles de mollasse gréseuse, de forme trapézoïdale de 2 m de grande longueur conservée et de 1,8 m de grande base, orientée sud-ouest/nord-est.

Seules la paroi nord et une partie de la paroi est sont conservées. Elles se composent de dalles de molasse implantées verticalement. La paroi nord a conservé les dalles de ses extrémités et la base d’une dalle, implantée entre les deux. La paroi était formée, à l’origine, de 3 à 4 dalles. La paroi est n’a conservé qu’un seul fragment de dalle, implanté à son angle nord. La liaison entre ces deux parois est grossièrement réalisée avec la dalle de la paroi est engagée par rapport à celle de la paroi nord.
Le monument funéraire ST.8 vu de l'ouest (photo O. Lemercier)

La paroi sud du monument a totalement disparu mais un effet de délinéation avec la présence d’une rangée de galets implantés à une profondeur équivalente à celle de la base des dalles de la paroi nord indique probablement le négatif de cette paroi. En arrière de cette zone un massif de galets pourrait correspondre à un aménagement de calage de l’une des dalles.

Rien ne subsiste non plus de la paroi ouest. La partie ouest du monument a été en grande partie dégradée par l’implantation d’une sépulture postérieure (nécropole de l’Age du Bronze ancien). Un unique bloc de molasse est présent dans cette zone, distant de 0,8 mètre de la partie conservée de la tombe, mais elle livre aussi de nombreux galets sur près de 0,3 mètre d’épaisseur sur une surface de 50 cm2, située immédiatement au nord de la sépulture du Bronze ancien et résultant sans doute de l’implantation de celle ci.

L’existence d’une entrée ne peut être mise en évidence, en raison des importantes dégradations subies par le monument. Cependant, il est possible de remarquer que si une entrée était aménagée, elle n’a pu l’être que dans la paroi ouest avec une orientation au sud ouest de l’ordre de 256°.

Les dalles semblent avoir été tronquées anciennement, et rien ne permet de restituer la hauteur primitive du monument. De même aucune dalle ayant pu participer à la couverture du monument n’a été mise au jour. Le système de fermeture de la chambre sépulcrale demeure donc inconnu.

Le fond du monument présente un dallage soigné composé de galets de rivière de module variable, mais disposés de façon à réaliser une callade régulière. Certaines zones présentent plusieurs niveaux de galets qui ne correspondent pas à des dallages successifs mais plutôt à des aménagements de rattrapage de niveau pour l’implantation d’un unique dallage de fond. Ce dallage n’est conservé que sur une partie de la surface interne du monument qui mesurait primitivement environ 1,9 mètres de long par 1,8 mètres de largeur maximum et 0,7 mètre de largeur minimum. La partie ouest a été tronquée par l’implantation profonde de la sépulture postérieure, et la partie sud-est s’est effondrée avec les restes humains qui y étaient disposés.

Malgré le soin apporté à l’observation de la stratigraphie du témoin traversant le monument et ses abords, aucun indice géoarchéologique n’indique la présence d’un tumulus. Quelques galets et blocs épars ont pu être observés à proximité de la tombe, mais leur nombre et leur densité sont insuffisants pour témoigner de la présence d’un tumulus de pierres totalement dégradé. Par ailleurs l’examen géoarchéologique de la stratigraphie montre une séquence de niveaux archéologiques horizontaux. Cependant, la présence et la localisation de la dalle ST. 7 pourrait indiquer l’existence d’une structure tumulaire d’une douzaine de mètres de diamètre qui permettrait d’expliquer à la fois la position du monument ST.100 et plusieurs constats faits sur les implantations postérieures.

Monument funéraire ST.8 détail : individu déposé sur le dallage du coffre (photo O. Lemercier)


3.3.2 La dalle ST.7

A six mètres à l’ouest-nord-ouest du monument mégalithique ST. 8, une dalle irrégulière d’environ 0,8 à 1 mètre de côté a été découverte inclinée vers l’est-sud-est et la tombe mégalithique. Cette dalle devait être disposée verticalement et orientée ouest-sud-ouest / est-nord-est. Sa face la plus plane étant orientée vers la sépulture et son niveau d’implantation étant identique à celui de celle-ci, son association à la sépulture mégalithique semble probable. Sa fonction (stèle, élément de péristalithe) ne peut être précisée du fait de son isolement. Cependant l’extrême dégradation des monuments et la disparition de nombreuses dalles des parois de la structure ST. 8, ne permettent pas de préciser si cette dalle était effectivement isolée ou si elle participait à une structure complexe. La participation de cette dalle en élément de bordure d’une structure tumulaire, induirait un diamètre de 12 m pour cette structure, et permettrait d’expliquer en grande partie la localisation de l’implantation du Néolithique final.

3.3.3 Le monument ST. 100

Ce monument a été fouillé en bordure ouest de la fenêtre décapée. Il est probable qu’une partie de cette structure soit conservée sous la piste d’accès au chantier de Laprade, bordant la fouille.
La partie fouillée du monument comprend deux zones distinctes. La partie orientale est conservée et structurée, alors que la partie occidentale au contact de la berme, qui semble avoir été détruite, présente un net arrachement et un important épandage vers le sud.
Le secteur conservé présente une structure grossièrement rectangulaire orientée Sud-Ouest / Nord-Est. Elle se compose d’une nappe de galets et de dallettes calcaires de densité inégale, les bords étant plus fournis que la partie centrale. Les bords sont bien marqués par un brusque arrêt de la nappe de pierres et se présentent soit sous la forme d’un empilement de dallettes calcaires, soit sous la forme de dallettes verticales, dont une sur le bord sud mesure 0,5 mètre de hauteur. La proportion de galets et de dallettes calcaires est assez équilibrée en nombre et en répartition. Rien ne permet de distinguer une utilisation particulière des deux matériaux (pour la bordure et un dallage interne par exemple). Dans le prolongement de la structure à l’est et légèrement décalé vers le nord par rapport au grand axe, une petite structure est marquée par un empilement de galets d’un module plus important que ceux de la structure principale.
La zone détruite de la structure présente un épandage de galets et de dallettes calcaires identiques montrant bien que la structure se poursuivait dans la partie occidentale. Elle est marquée par une interruption de la structure par une zone vide bordée à l’ouest par une grande nappe de pierres moins dense et s’étendant sans contour précis vers le sud à plus de 4 mètres de la bordure sud restituée du monument.


Monument ST.100 vu de l'ouest (photo O. Lemercier)


3.3.4 Les structures en creux

La partie détruite du monument présente trois structures en creux de type « fosse » et une quatrième située immédiatement au nord peut sans doute leur être associée. Ces structures sont de diamètre différent (ST. 102 : 0,75 m ; ST. 104 : 1,00 m ; ST. 103 : 1,20 m), la structure ST. 108, au nord n’excédant pas 0,70 m de diamètre. Leur profondeur maximum est proportionnelle à leur ouverture.
Les deux fosses situées au centre ont livré un mobilier archéologique abondant et identique à celui mis au jour à la surface de la structure et dans la zone perturbée. Ces fosses sont donc contemporaines ou immédiatement postérieures à la grande structure ST. 100.

3.4 Le mobilier archéologique

Le mobilier archéologique est relativement peu abondant. Il se concentre essentiellement à la surface de la structure ST.100 et dans les structures en creux. Le monument ST. 8 n ‘a livré que très peu de vestiges en relation avec les dépôts funéraires.

3.4.1 La céramique

La céramique provient exclusivement de la surface du monument ST.100 et du remplissage des fosses du même secteur. Il s’agit des fragments d’une vingtaine de vases au minimum.
L’ensemble de cette céramique présente des couleurs de pâte et de surface interne à dominante brune. Les surfaces externes présentent des variations du beige-rosé au brun parfois sur le même récipient. Le dégraissant, à dominante calcite, est assez abondant à très abondant et peut être, selon les récipients, très fin et calibré ou plus grossier et mal calibré. L’état de surface présente un lissage assez sommaire (peut-être dû à une altération taphonomique) et plus rarement soigné. Certains vases ont un aspect de surface sableux très différent des autres.
Les formes céramiques sont assez stéréotypées. Un seul vase témoigne de la présence de formes simples. Il s’agit d’un petit vase hémisphérique de type bol (H : 8,8 cm ; Æ : 13,2 cm).
Mis à part cet objet, les vases restituables présentent des formes composites, carénées, de type vases à fond bombé et parois dégagées.
Si l’ensemble de la série correspond à cette définition, elle peut être divisée en plusieurs groupes en fonction de la position de la carène sur le vase et de l’orientation du bord.
Les diamètres très différents de ces vases, qui pourraient traduire un assemblage de vaisselle à destination différente, ne parviennent pas à occulter que les formes sont très stéréotypées.
Les hauteurs varient de 6 à 15 cm et indiquent une vaisselle dans l’ensemble peu profonde.
Les diamètres varient de 11 à 34 cm indiquant probablement des vases de catégories différentes.
Les rapports de proportions (hauteur totale sur diamètre maximum) indiquent que tous les vases sont plus larges que hauts mais qu’il n’y a pas de proportions fixées entre diamètre et hauteur.
Les préhensions ne sont représentées que par un seul élément sur un vase. Il s’agit d’un téton ovalaire en position horizontale. Les grandes portions de vases qui composent cette série semblent indiquer que les préhensions sont rares ou absentes sur ce type de forme.
Le vase de la structure ST. 102 est une grande forme correspondant à un grand vase de stockage, de fort diamètre non mesurable. La forme et le bord sont droits. La lèvre est très légèrement épaissie vers l’extérieur par ajout de matière et présente un décor irrégulier d’impressions réalisées à l’ongle ou imitant l’impression à l’ongle.
Le vase présente en outre, une préhension de type mamelon très proéminent, en position horizontale et largement perforée horizontalement donnant une sorte d’anse très massive.
Le vase de la structure ST. 108 est une petite forme de type gobelet, à fond rond, large, à profil en S, muni d’un élément de préhension de type mamelon ovalaire horizontal, présentant une perforation horizontale excentrée vers le haut. Ce vase présente la réparation d’une fente à partir du bord ménagée par deux trous jumeaux de part et d’autre de la cassure.

3.4.2 L’outillage lithique

L’outillage lithique mis au jour dans le monument ST.100 et les fosses est peu abondant et en cours d’étude.
Le dallage du monument funéraire ST.8 a livré une armature de flèche tranchante en silex gris, réalisée sur une lame à section trapézoïdale présentant une partie distale rectiligne à retouche abrupte et une partie proximale concave à retouche semi-abrupte.

3.4.3 La parure

Le monument ST.8 a livré un ensemble de 29 perles cylindriques en calcaire (diamètre moyen 0,7 cm), en place sous un crâne et correspondant sans doute, en fonction de sa position, à un diadème, un bandeau ou un élément de coiffe. Trois perles identiques ont été découvertes isolées dans la sépulture.
Dans le secteur bouleversé de la structure ST.100, un fragment de pendeloque en test de coquillage de 2,2 cm de hauteur et 3,1 cm de largeur a été mis au jour.


Monument ST.8 : détail, collier ou diadème de perles mis au jour sous le crâne d'un individu sur le dallage (photo O. Lemercier)


3.5 Modes funéraires et données anthropologiques

Le monument funéraire ST.8 a livré des restes osseux correspondant à un minimum de 6 individus. Ceux ci se répartissent en 3 sujets immatures (deux de 4-5 ans et un de 6-7 ans) et trois sujets matures.
Les os reposent directement sur le dallage du monument et leur état de conservation extrêmement mauvais n’a pas permis de reconnaître certains éléments comme les os des mains, des pieds, ainsi que les éléments costaux et rachidiens qui sont pratiquement absents.
L’orientation des dépôts est difficile à préciser. L’individu présentant la meilleure conservation générale présente une orientation nord/sud, tête au nord, le corps reposant en décubitus dorsal et la position des crânes isolés sur le dallage pourraient indiquer une systématique de cette orientation.
Les observations anthropologiques indiquent que la décomposition des corps s’est faite dans un espace vide de sédiments. De plus, une série de dallettes calcaires nappe partiellement le dallage et certaines de ces dallettes ont pu être observées directement en contact avec les ossements, ce qui pourrait constituer une structure de condamnation du monument ou une couverture des individus déposés. Ces observations fournissent un argument en faveur d’un fonctionnement en milieu ouvert de la chambre sépulcrale qui plaiderait pour l’hypothèse d’une architecture programmée à recevoir des dépôts échelonnés dans le temps.


3.6 Nature de l’occupation

La présence du monument funéraire ST.8, la nature particulière du monument ST.100 et les caractères de l’assemblage mobilier mis au jour indiquent qu’il ne s’agit pas d’une occupation à vocation domestique. L’ensemble des structures pourrait être lié à une vocation funéraire de l’implantation.
La présence supposée d’un tumulus pour le monument ST.8 permettrait d’expliquer la présence et la position de la dalle ST. 7 et du monument ST.100. La nature de ce dernier n’ayant pu être précisée du fait de sa fouille restée partielle.
Cette implantation semble avoir subi des transformations marquées par l’implantation de fosses dans la structure ST.100, dont la simultanéité semble peu probable.
Le caractère monumental du site et son extension très probable vers l’ouest pourrait laisser supposer la présence d’autres structures ou aménagements dans ce secteur.
Enfin, l’implantation d’un monument funéraire en périphérie de l’unité morphopédologique la plus riche et la plus facile à mettre en valeur de ce secteur géographique, mise en parallèle avec la découverte d’autres tumulus postérieurs (Bronze final IIb et IIIb) fouillés sur le site de Bollène - Le Pont-de-la-Pierre, implantés dans la même position sitologique pose la question du choix de l’implantation de ce type de monument comme marquage territorial, telle que C. Renfrew l’a proposé en Grande-Bretagne.

3.7 Datation

Une unique datation est actuellement disponible sur le site de Mondragon - Les Juilléras, plusieurs autres essais de datation sur os en AMS ayant échoué, faute d’une quantité suffisante de collagène conservée.
La datation porte sur l’individu ST. 29, mis au jour en connexion partielle sur le dallage du monument funéraire ST. 8. La datation a donné un résultat de 4385 ± 60 B.P. soit : 3318 - 2900 BC CAL.
D’autres datations sont actuellement en attente.

3.8 Comparaisons et insertion chronoculturelle

L’ensemble du mobilier céramique et lithique fait référence à des séries encore peu abondantes et méconnues dans la région considérée. La parenté de ces objets avec ceux du Néolithique moyen méridional est marquante, mais la présence de fonds aplatis et l’absence de certains éléments caractéristiques semblent indiquer qu’il s’agit d’un ensemble postérieur au Néolithique moyen mais de tradition chasséenne marquée. A toute proximité, et sur le tracé du TGV Méditerranée, le site de Mondragon - Le Duc, fouillé par X. Margarit, a livré un mobilier céramique identique à celui de la structure ST.100, et une armature de flèche de même conception que celle mise au jour dans la structure ST.8, sur un site d’habitat (Margarit 1997a). Le site de Mondragon - Les Ribauds fouillé, lui aussi, par X. Margarit a livré quelques structures et une série céramique présentant des formes similaires à celles des Juilléras (Margarit 1997b). Dans le Vaucluse, le site de la Blaoute à Crillon-le-Brave (Buisson-Catil 1996) et la grotte Goulard à Ménerbes (Sauzade 1990, Jacob & alii 1990) ont livré des éléments céramiques comparables. Ces séries, corollaires provençaux de celles de l’Avencas (Brissac, Hérault) (Gutherz 1980 & 1984) et d’autres sites languedociens, pourraient correspondre à des faciès de transition entre les manifestations récentes du Chasséen et les premières cultures du Néolithique final.
Si les sites correspondant à ces faciès sont rares, les sépultures mégalithiques qui leur sont attribuables le sont encore plus et seule l’importante nécropole de Ventabren - Châteaublanc (Bouches-du-Rhône) pourrait fournir des éléments de comparaison pour l’une de ses phases d’utilisation (Hasler & alii 1996, 1998).

4. L’occupation du Néolithique final

4.1 Données stratigraphiques et géoarchéologiques

L’implantation du Néolithique final se fait sur un ou plusieurs niveaux de crues qui ont recouvert les restes de l’implantation antérieure du Néolithique récent.

4.2 Implantation des structures

L’occupation du Néolithique final semble assez limitée dans l’espace, dans la zone fouillée. Les cinq fosses rattachées à cette occupation sont inscrites dans la surface restituable du tumulus du Néolithique récent. Aucun sol archéologique lié à l’implantation de ces structures n’a pu être mis en évidence. Ceci renforce l’hypothèse de leur implantation à partir de la surface du tumulus antérieur, totalement érodé par la suite. Ces cinq fosses ont livré un mobilier homogène et ne présentent pas de situations de recoupements. Elles correspondent probablement à une petite occupation unique ou à une implantation annexe à un site implanté en dehors de l’emprise étudiée.

4.3 Description des structures

Les cinq structures se présentent comme des fosses en cuvette, de petites dimensions avec des diamètres variant de 0,4 m à 0,8 m et une profondeur n’excédant pas 0,4 m. Le sédiment de remplissage se différencie très mal de l’encaissant et le contenu mobilier présente un caractère détritique marqué par une importante fragmentation des objets dont certains présentent cependant des formes restituables.
L’ensemble de ces structures, implantées dans le tumulus du Néolithique récent, ne semble pas présenter d’organisation remarquable.

4.4 Le mobilier archéologique

Le mobilier archéologique peu abondant et très fragmenté est homogène dans l’ensemble des structures et permet la restitution de quelques formes céramiques caractéristiques.


4.4.1 La céramique

Le mobilier des structures ST.28 et 80 présente une association de formes simples et composites.
Les récipients peuvent être rangés en trois catégories de taille et volume avec la présence d’un grand vase de stockage, de formes fines et de dimensions moyennes, et de deux petits gobelets très fins.
Le vase de stockage correspond à une grande forme droite de plus de 0,3 m de hauteur conservée et de près de 40 cm de diamètre. Sa pâte et sa surface externe sont beige-rosé, la surface interne est brun-sombre et l’extérieur présente des coups de feu nombreux. Le dégraissant, calcite, est abondant et mal calibré.
Les vases de la catégorie intermédiaire sont de deux types :
Les formes simples :
- trois vases présentent des formes ouvertes à bord droit, avec des diamètres de 26 et 32 cm. Deux présentent une pâte beige à brune et des surfaces externe brun-rouge et interne beige à brun clair ; le dégraissant, calcite, est assez abondant et relativement calibré. L’autre présente une pâte brun-sombre et des surfaces beige-orangé (externe) à brune (interne). Le dégraissant est assez abondant et relativement calibré.
- un vase correspond à une forme probablement hémisphérique.
Les formes composites :
- deux vases représentés par leur partie haute, présentent une carène médiane et des parois supérieures à profil en S ou droit mais nettement rentrants, avec des diamètres de 22,5 et 12,5 cm.
L’un présente une pâte et une surface interne brun-sombre. La surface externe est brun clair à rougeâtre. Le dégraissant, calcite, est abondant et mal calibré.
L’autre présente une pâte marron et des surfaces brun sombre. Le dégraissant est abondant et assez calibré.
- un grand fragment de bord de vase correspond à une jarre à col cylindrique. La pâte et la surface interne sont brunes, la surface externe est beige orangé. Le dégraissant, calcite, est moyennement abondant et de taille moyenne.
- un fragment de vase présente une forme fermée. La pâte est beige et les surfaces sont rosé (externe) à beige-rosé (interne). Le dégraissant est abondant avec une dominante de particules fines et quelques éléments plus grossiers.
Les vases fins sont deux petits gobelets à fond bombé et parois dégagées de petit diamètre (7,2 cm). Tous les deux présentent une pâte beige à rosé et des surfaces beige (externe) à brune (interne). Le dégraissant est très abondant et mal calibré.
Les surfaces de ces récipients semblent sommairement lissées. Plusieurs vases présentent des surfaces assez frustes qui peuvent être dues à des altérations taphonomiques.
Les préhensions sont de divers types :
- le vase de stockage présente un mamelon ovalaire horizontal de 3 cm de développement et de 4,4 cm de longueur.
- le vase hémisphérique de la catégorie intermédiaire présente une trace d’arrachement correspondant à une préhension de type anse en position verticale à partir du bord (accolée à la lèvre) d’une hauteur restituable de 6,8 cm.
- l’un des vases à parois rentrantes de la catégorie intermédiaire présente une préhension de type mamelon allongé, en position horizontale, dont les bords présentent un façonnage soigné, d’un développement de 2 cm et d’une longueur de 4 cm.
- un fragment isolé correspondant à une forme non restituable, présente une préhension prismatique verticale à perforation horizontale.
- un fragment de panse présente un mamelon horizontal, développé en languette.
- un fragment de panse présente une préhension de type mamelon horizontal, dont la partie centrale présente un renfoncement dégageant deux protubérances aux extrémités donnant une sorte d’ensellement médian.
La structure ST.18 a livré un mobilier comparable avec deux fragments de carènes, un fragment de bord droit, avec une rupture de pente marquée sur la panse qui évoque un gobelet caréné, un fragment de vase ouvert à bord droit et lèvre arrondie correspondant à une écuelle ou jatte, et une petite préhension dégradée (téton ?) perforée horizontalement.
La structure ST.0 a livré les fragments d’un vase, représentant à peu prêt la moitié du récipient. Ce vase à pâte et surfaces noires, présente un dégraissant assez fin composé de particules blanchâtres, grises et brillantes. Les surfaces sont lissées, mais le bord est assez irrégulier et ondule légèrement. La forme générale est une calotte de sphère, presque hémisphérique, de 21 cm de diamètre et 10 cm de hauteur et correspond à une écuelle. L’irrégularité du bord fait que celui ci peut être pleinement droit, dans le prolongement de la panse ou, très légèrement éversé.

4.4.2 L’outillage lithique

Le matériel de mouture


Le niveau supérieur de la structure ST.80 a livré un gros fragment de meule dormante très épaisse. Cependant sa position pose un problème car elle dépasse nettement le niveau du sol campaniforme - bronze ancien. Son attribution au Néolithique final, probable ne peut être assurée avec certitude.

Le matériel lithique poli

Un talon d’outil poli (étude N. Lazard-Dhollande) provient des niveaux inférieurs de la structure ST. 26 qui sont attribués à une structure tronquée du Néolithique final. Cet outil, probablement réalisé sur un galet de métabasite à glaucophane, présente une forme trapézoïdale. La section est ovale et les faces et côtés sont biconvexes. Le talon, vu de face est faiblement concave alors que de profil il est très convexe. Le tranchant ayant disparu, il est difficile de préciser la nature exacte de l’outil : hache ou herminette. La mise en forme a été vraisemblablement faite par bouchardage puis polissage (surtout sur le talon). Les côtés ont été repris par bouchardage sur le poli, dans le but de préparer l’emmanchement. Les dimensions du fragment sont courantes (largeur mésiale : 33 mm, épaisseur mésiale 18 mm, largeur du talon : 27 mm, épaisseur du talon : 4 mm). La longueur totale de l’objet intact ne devait pas excéder 60 à 70 mm.

Le mobilier lithique taillé

Le mobilier lithique taillé de ces structures est peu abondant. Il comprend quelques éclats et six objets :
- Les supports laminaires sont représentés par 4 objets.
- Deux outils sont réalisés sur éclat.
Les outils sur lame :
Une lame présente des retouches affectant la face supérieure, sur les deux bords.
Une lame très épaisse, présente des retouches affectant les deux faces, sur les deux bords.
Une lame présente des retouches fines affectant la face supérieure sur les deux bords et des retouches abruptes à son extrémité distale formant un grattoir en bout de lame.
Les outils sur éclat :
Un grattoir à front large.
Une armature de flèche irrégulière foliacée à losangique présente des retouches bifaces marginales à peu envahissantes.

4.5 Nature de l’occupation

L’occupation du Néolithique final n’est marquée que par la présence de quelques structures en creux réparties, sans organisation visible sur une surface inférieure à 50 m2. Aucun sol ou niveau archéologique conservé n’ont pu être mis en évidence. Et, il semble que le sol correspondant à l’implantation de ces fosses a été tronqué antérieurement à la mise en place du sol d’occupation du Campaniforme - Bronze ancien.
Le mobilier mis au jour, très caractéristique, semble pouvoir correspondre à un assemblage à caractère domestique.
Il s’agit probablement d’une très petite implantation dont la localisation pourrait être liée à une topographie particulière comme une éventuelle structure tumulaire sur la structure ST. 8, dont l’existence n’a pu être mise en évidence à la fouille, mais qui permettrait d’expliquer aussi la disparition du niveau d’implantation de ces structures.
La présence à proximité de cette implantation d’une installation domestique plus importante n’a pu être vérifiée.

4.6 Comparaisons et insertion chronoculturelle

L’observation fine du mobilier et des comparaisons précises avec les séries de référence restent à faire. Cependant, il résulte de la première analyse, que cette série doit se rattacher au Néolithique final 2 et probablement à la fin de la phase 2a ou au début de la phase 2b de la partition proposée par A. D’Anna (D’Anna 1995a et b). Plusieurs formes restituables font référence au groupe Rhône - Ouvèze, mis en évidence il y a seulement une dizaine d’année, reconnu du Rhône jusqu’au pays de Forcalquier (Lemercier, Müller & Bouville 1998) et dont l’ensemble des caractères restent à définir avec précision (Müller, D’Anna & alii 1986, D’Anna 1995a et b) mais que nous pouvons considérer comme une manifestation extrême-orientale du groupe languedocien de Fontbouisse,. Certains rapprochements, qui restent hypothétiques, avec la série du site des Bruyères (Gilles 1975) pourraient faire apparaître des problèmes dans la définition des groupes culturels de la fin du Néolithique aux abords orientaux et occidentaux de la moyenne et basse vallée du Rhône, et devront être vérifiés en confrontant les séries.
Dans les environs, le site du Chêne (Lamotte-du-Rhône, Vaucluse) a livré une petite série qui est vraisemblablement comparable à celle des Juilléras, en association avec un fragment de céramique ornée, attribuable à la phase 2 de la chronologie stylistique conventionnelle du Campaniforme. (fouille et information S. Rimbault) Ce site est localisé quelques centaines de mètres au nord des Juilléras.

5. L’occupation du Campaniforme - Bronze ancien

5.1 Les données stratigraphiques et géoarchéologiques

L’implantation du Campaniforme - Bronze ancien fait suite à un épisode d’exhaussement de la plaine qui a, en partie, scellé les niveaux antérieurs déjà très érodés. Cet exhaussement est suivi d’une période de pédogenèse relativement longue, et l’occupation du Campaniforme - Bronze ancien implantée au sommet de ce paléosol s’accompagne d’un lit de charbons de bois que l’on peut associer à un défrichement par le feu de terrains regagnés par la forêt suite à leur abandon par les communautés du Néolithique final.

5.2 Implantation des structures

L’implantation du Campaniforme - bronze ancien semble importante. Elle n’a pu être fouillée que sur une surface réduite et semble s’étendre, en dehors de l’emprise étudiée, vers l’ouest. Elle est marquée par un sol d’occupation se présentant comme un niveau très peu développé de vestiges mobiliers en nappe de densité variable, à partir duquel s’ouvrent des structures en creux de divers types. L’organisation spatiale de ces structures semble importante. Peu de recoupements de structures témoignent d’une occupation d’une durée relativement peu longue ou très stable dans ce secteur, néanmoins certaines observations indiquent le changement de destination de certaines zones du site pendant son utilisation.

Sépulture d'enfant en ciste de la nécropole Campaniforme/Bronze ancien (photo O. Lemercier)


5.3 Description du sol archéologique et des structures

5.3.1 Le sol archéologique

Le sol archéologique se présente sous la forme d’un niveau peu épais livrant dans sa partie supérieure une nappe horizontale de vestiges de densité et de fragmentation variables. Le niveau est marqué par un enfoncement peu important des vestiges au-dessous de la nappe observée et par de faibles remaniements dans le niveau supérieur.
Au niveau de ce sol, s’ouvrent un certain nombre de structures qui ont livré un mobilier identique à celui récolté dans la nappe de vestiges.
Ce sol a pu être observé, par un décapage manuel et un relevé sur une surface réduite, et par un décapage mécanique sur une surface de près de 300 m2. L’occupation du Campaniforme - Bronze ancien semble être limitée vers le nord et vers l’est, mais aucune structure marquant cette limitation n’a pu être mise en évidence. En revanche, le sol a pu être suivi jusqu’aux bermes occidentale et sud de la fouille. La surface totale de cette implantation demeure inconnue.

5.3.2 Catalogue des structures

Ces structures sont peu nombreuses (23) et de divers types, correspondant à des fonctions différentes.
Les fosses - cuvettes
Les fosses cuvettes sont localisées dans la partie nord de l’implantation du Campaniforme - Bronze ancien. Leur répartition ne semble pas correspondre à une logique évidente même si plusieurs alignements peuvent être reconnus. Leur remplissage est assez standardisé par la présence d’un sédiment brun très difficile à mettre en évidence par rapport à l’encaissant, et la présence dans la partie inférieure de la fosse de petits nodules de terre rubéfiée en nombre plus ou moins important.
- Structure 3 : il s’agit d’une petite fosse grossièrement circulaire de 0,8 m de diamètre et de 0,4 m de profondeur. La partie supérieure de cette fosse était affectée par l’implantation de la dalle occidentale de la sépulture ST. 1.
- Structure 4 : il s’agit d’une très petite fosse dont le contour n’a pu être mis en évidence avec précision et d’une profondeur d’environ 0,3 m. Sa localisation était bien marquée par la présence d’une mandibule animale, d’un grand fragment de vase et de quelques tessons.
- Structure 17 : il s’agit d’une petite fosse de 0,4 m de diamètre pour 0,3 m de profondeur, marquée par une accumulation de fragments de céramique et par une quantité très importante de nodules de terre rubéfiée dans sa moitié inférieure.
- Structure 19 : il s’agit d’une petite fosse de 0,4 m de diamètre pour 0,3 m de profondeur, marquée par une accumulation de fragments de céramique et par une quantité très importante de nodules de terre rubéfiée dans sa moitié inférieure.
- Structure 20 : il s’agit d’une fosse de 0,6 m de diamètre par 0,5 m de profondeur. Son remplissage est unique parmi cette série de structure composé d’une terre noire et charbonneuse renfermant de nombreux charbons et quelques rares fragments de terre rubéfiée de volume plus important.
- Structure 26 : il s’agit d’une petite fosse de 0,5 m de diamètre pour 0,4 m de profondeur, marquée par la présence d’un abondant mobilier céramique.
- Structure 99 : il s’agit d’une petite fosse de 0,5 m de diamètre pour 0,4 m de profondeur, marquée par la présence d’un abondant mobilier céramique.
- Structure 101 : il s’agit d’une fosse dont le contour n’a pu être déterminé avec précision, marquée dans sa partie inférieure par la présence de nodules de terre rubéfiée, de restes osseux animaux et de quelques pierres.
La structure empierrée
- Structure 16 : il s’agit d’une petite structure creusée grossièrement ovalaire de 0,6 m de grand diamètre et peu profonde (0,1 m). Son remplissage est intégralement composé de galets hétérométriques, mais de module petit à moyen. Le sédiment interstitiel est semblable à l’encaissant. Cette structure a livré de grands fragments de vases à fond plat.
Les structures de combustion
Les quatre « structures de combustion » sont de type identique, mais de dimensions variables. Il s’agit de cuvettes circulaires à profil plus ou moins conique, dont le remplissage est composé exclusivement de terre rubéfiée. En aucun cas des charbons ou des niveaux de cendres n’ont pu être mis en évidence.
- Structure 2 : il s’agit d’une fosse légèrement ovalaire de 0,45 m de grand diamètre et de 0,12 m de profondeur conservée suite au décapage mécanique (environ 0,3 m restituables à partir du sol de l’Age du Bronze ancien). Sa forme est assez conique et le remplissage constitué de terre rubéfiée, mais aussi de quelques objets archéologiques.
- Structure 106 : il s’agit d’une petite structure grossièrement circulaire de 0,3 m de diamètre et 0,3 m de profondeur présentant un profil conique. Son remplissage est composé de terre rubéfiée.
- Structure 115 : il s’agit d’une petite structure grossièrement ovalaire de 0,3 m de diamètre pour 0,3 m de profondeur présentant un profil plus arrondi. Son remplissage est composé de quelques pierres, d’un fragment de céramique et de terre rubéfiée.
- Structure 116 : il s’agit d’une petite structure ovalaire de 0,4 m de grand diamètre et 0,4 m de profondeur, présentant un profil conique. Son remplissage est composé de terre rubéfiée.
Les structures de maintien
L’ensemble de la structure 107 se présente comme un alignement ouest-est de cinq cuvettes, distantes les unes des autres de moins d’un mètre. La structure 118, probablement identique, a été mise au jour dans le même alignement contre la berme occidentale, séparée de l’alignement 107 par une distance d’environ 5 mètres.
- Structure 107-A : il s’agit d’une structure ovalaire, de 0,4 m de grand diamètre et de 0,25 m de profondeur. Le remplissage présente quelques pierres de petit module (5 cm) et de nombreux fragments de céramique.
- Structure 107-B : il s’agit d’une structure ovalaire, de 0,5 m de grand diamètre et de 0,4 m de profondeur. Le remplissage présente de nombreuses pierres et galets de module moyen à gros (10-15 cm) et de nombreux fragments de céramique.
- Structure 107-C : cette structure est la plus importante de l’alignement. De forme ovalaire et de plus de 0,7 m de longueur pour 0,5 m de profondeur, elle est composée de fragments de céramiques et de très nombreux galets ou pierres de module moyen à gros (15-20 cm).
- Structure 107-D : il s’agit encore d’une structure de forme ovalaire et d’environ 0,5 m de longueur pour 0,3 m de profondeur, dont le remplissage est marqué par une abondance de pierres et galets de module moyen à gros et de mobilier archéologique.
- Structure 107-E : cette structure ovalaire de 0,5 m de longueur et de 0,3 m de profondeur a livré un remplissage équivalent aux précédentes.
- Structure 118 : cette structure circulaire à ovalaire de 0,4 m de longueur et 0,25 m de profondeur a livré un remplissage comprenant des pierres et galets et quelques éléments mobiliers.
Ces structures, par leur remplissage et leur disposition, semblent correspondre à un système de maintien d’une structure linéaire indéterminée.
Les fosses
La partie sud de la fouille a livré 4 structures différentes de celles décrites ci-dessus. Il s’agit de fosses circulaires d’une profondeur égale à leur diamètre. Trois d’entre elles sont alignées selon un axe nord-sud, la quatrième est isolée à l’est de l’alignement mais présente des caractéristiques identiques.
- Structure 111 : cette structure circulaire de 0,7 m de diamètre pour 0,6 m de profondeur a livré un remplissage très charbonneux mais aussi cendreux, ainsi que du mobilier céramique.
- Structure 112 : cette structure circulaire de 0,5 m de diamètre pour 0,5 m de profondeur a livré un remplissage charbonneux avec de nombreux charbons et quelques éléments mobiliers.
- Structure 113 : cette structure circulaire de 0,6 m de diamètre pour 0,6 m de profondeur a livré un remplissage charbonneux avec de nombreux charbons.
- Structure 114 : cette structure circulaire de 0,4 m de diamètre pour 0,4 m de profondeur a livré un remplissage identique.
Une petite nécropole ou cellule d’inhumations semble pouvoir être attribuée à cette occupation. Elle se présente comme un regroupement de 9 sépultures dans la partie orientale de l’implantation du Campaniforme - Bronze ancien (Cf. infra).

5.3.3 Organisation de l’espace

L’implantation des structures présente plusieurs niveaux d’organisation. Elle présente tout d’abord une zonation des structures regroupées en fonction de leur type :
Au nord, un groupe de fosses et de fosses - cuvettes,
Au Nord-Est, la nécropole,
Dans la partie centrale, quatre structures de combustion,
Au sud, un alignement est/ouest de structures de maintien,
et un groupe de fosses au remplissage charbonneux.
Entre la partie centrale marquée par les structures de combustion et les alignements de structures au sud, un espace vide de toute structure est remarquable.
Un second niveau d’organisation apparaît au sein de certains de ces groupes :
un alignement nord/sud est visible pour les structures à remplissage charbonneux 111, 112 et 113,
les structures 107 A, B, C, D, E et la structure 118, interprétées comme des structures de maintien, présente un alignement est/ouest,
les structures de combustion 2, 106, 115 et 116 semblent s’organiser entre elles et avec l’orientation des structures 107 et 118.
L’ensemble de ces organisations doit correspondre à une structuration de l’espace, liée à des limitations matérielles et, où une opposition entre espace construit et espace ouvert est probable. L’extrême rareté des structures interprétables en terme de « trous de poteau » ou « structures de maintien » reconnues (marquée en général par la faible anthropisation de leur remplissage) peut être due aux difficultés de repérage et de lecture des structures non marquées par la présence de vestiges ou de sédiments charbonneux.

5.4 Le mobilier archéologique

Le mobilier archéologique très abondant et très fragmenté est homogène dans l’ensemble des structures et permet la restitution de quelques formes céramiques caractéristiques.

5.4.1 La céramique

Les formes restituables
Les formes restituables correspondent pour une part à des vases à cordons lisses de dimensions moyennes.
Ces vases représentés par leur partie haute présentent des diamètres peu importants (entre 15 et 24 cm).
Ils présentent des cordons lisses horizontaux sous le bord, uniques ou doubles. Dans quelques cas, on note la présence de cordons orthogonaux sous le bord dont la disposition est standard avec un cordon horizontal pré-oral lié à la lèvre du vase, pouvant être légèrement éversée et épaissie ou non, par de petits cordons verticaux vraisemblablement régulièrement espacés.
La forme du bord est très variable, ces vases pouvant être légèrement ouverts, droits ou fermés.
Quelques vases présentent des cordons digités, mais leur fragmentation ne permet pas d’en restituer les formes. Ces cordons sont généralement disposés horizontalement et peuvent se situer sous le bord ou sur la panse. Un vase fermé à bord légèrement éversé, présente un cordon digité, situé sous le bord, mais très nettement en biais par rapport à la lèvre. Il pourrait s’agir d’une disposition en arceau.
Les cordons digités présentent des types d’impressions très différents traduisant la présence de plusieurs vases.
D’autres formes sont restituables et correspondent à plusieurs types de vases.
Un vase de forme droite, très légèrement en S, à bord éversé, d’un diamètre à l’ouverture de 18 cm, présente une anse en ruban assez épaisse et développée.
Un petit vase de 11,5 cm de haut, présente une forme simple, fermée, dérivée de la sphère, avec un diamètre à l’ouverture de 13 cm et un diamètre maximum de 16,5 cm.
Un gobelet inorné, de 11 à 11,5 cm de hauteur, présente une forme à profil en S bien galbé, très caractéristique des gobelets campaniformes. Il présente un diamètre à l’ouverture d’environ 10 cm pour un diamètre maximum de 13 cm.
Un petit vase de 11,5 cm de diamètre, présente un profil droit, légèrement fermé et porte un petit mamelon ovalaire disposé horizontalement sous le bord.
Les fonds sont généralement plats ou légèrement ombiliqués, sauf pour les deux vases précédents dont la forme du fond, non présente, est difficile à restituer. Ils présentent des diamètres divers correspondant à plusieurs gammes de vaisselle entre 8 et 17 cm.
Le départ de la panse peut être, dans certains cas, très marqué par une double rupture de pente, ou être intégré sous la forme d’une simple carène plus ou moins marquée.
Les préhensions sont de types très divers. Les plus nombreuses sont les cordons lisses ou digités. Les anses en ruban sont représentées pour trois vases différents. Dans deux cas, elles sont assez développées et épaisses. Elles sont directement raccordées à la panse et jamais disposées sur des cordons qui ne présentent pas de traces d’arrachement.
Les mamelons sont ovalaires et plus ou moins réguliers. Ils peuvent être assez longs et sont toujours disposés horizontalement sur la panse. Encore une fois, aucun des cordons observés ne présente de préhensions qui y soient associées.
Les mamelons peuvent présenter des éléments de décorations sous la forme d’impressions digitées irrégulières sur le pourtour et non sur les faces supérieure ou inférieure.
Des languettes ou oreilles de préhension massives et développées, disposées horizontalement, présentent de petits cordons lisses sur leur face inférieure partant de la panse vers l’extérieur qui peuvent être uniques limitant deux surfaces sur la languette ou doubles limitant trois surfaces égales sur la face inférieure de la languette. Ces cordons correspondent sans doute plus à un élément destiné à faciliter la préhension qu’à un élément décoratif.

La céramique ornée


La céramique ornée très fragmentée représente probablement un corpus de vases important. Cette céramique est assez fine à très fine. Les éléments de formes sont rares :
Un ensemble de fragments permet de restituer une portion de vase assez fin présentant une anse en ruban ornée, très fine, très large et d’un développement important. Un fragment de vase présente un fond plat et épais.
L’ensemble des décors fait référence aux ornementations campaniformes. Toutes les techniques de décors des vases campaniformes sont représentées. Les décors réalisés au peigne sont peu nombreux et présentent des motifs de lignes horizontales ou de croisillons. Les décors incisés/estampés sont, eux aussi, peu nombreux. Ils associent des lignes horizontales incisées et des rangées d’impressions rondes, triangulaires ou losangiques. Les décors uniquement incisés sont plus nombreux et présentent une variété de motifs que la fragmentation des objets ne permet pas de restituer de façon satisfaisante, ni de vérifier l’association avec d’autres techniques (incisé/estampé). Les motifs principaux sont des échelles, des hachures et des triangles. Les décors barbelés sont les plus importants en nombre. Ils correspondent à plusieurs styles pouvant associer différentes techniques. Un vase présente un décor mixte de lignes barbelées, d’échelles incisées et d’impressions en ogives. De fines barbelures de type « Camp de Laure » ainsi que des motifs barbelés plus grossiers de type sont représentés par de nombreux éléments fragmentaires. Les différents types de décors barbelés sont en cours d’étude dans le cadre d’un approche plus large de la question (Lemercier, Salanova, D’Anna, Gutherz Dir. en préparation).

Sépulture d'enfant en fosse à ressaut de la nécropole Campaniforme / Bronze ancien (photo O. Lemercier)


5.4.2 Le mobilier lithique

Le mobilier lithique mis au jour sur le sol et dans les structures attribuées au Campaniforme-Bronze ancien comprend 235 pièces, réparties en 128 supports bruts, 68 débris, fragments et autres ainsi que 39 outils. Les supports bruts se distribuent en petits éclats (38%), éclats minces (37%), éclats épais (11%), produits laminaires (14%) et nucleus (n = 4). La majorité des produits bruts et retouchés ne possèdent aucune surface naturelle résiduelle sur leur face supérieure, seuls 15% des produits sont corticaux et semi-corticaux et témoignent qu’une partie au moins des blocs ont été débités sur place.
Les outils se distribuent en pièces esquillées, pièces à enlèvements irréguliers latéraux et transversaux, pièces à retouches latérales, pièces à coches clactoniennes, troncatures, grattoirs et chute de burin.
Les produits laminaires sont en quantité importante et semblent évoquer l’emploi de techniques différentes. En effet, au moins huit lamelles à section triangulaire et trapézoïdale, à bords et nervures régulières et parallèles, avec une surface d’aspect gras et savonneux témoignent d’un débitage à la pression chauffée.

5.4.3 La faune

La faune est très peu abondante. L’essentiel des restes osseux animaux conservés est brûlé. Quelques rares éléments non brûlés ont été mis au jour et correspondent en grande partie à des petits ruminants et à des suidés.

5.4.4 La parure

La parure rattachée à l’occupation du Campaniforme - Bronze ancien est abondante. La plupart d’entre elles présentent des traces de chauffage (intentionnel ou non). Les fragments de nacre ou de coquillage, souvent attribuables à des moules du Rhône sont aussi très nombreux sur le sol et dans les structures de cette occupation. Ils correspondent sans doute plutôt à des rejets alimentaires communs aux diverses occupations, qu’à des fragments d’objets de parure.
Les objets de parure sont réalisés dans des matériaux divers : l’os, les matières minérales et surtout les coquillages semblent avoir été utilisés.
Les perles sont le plus souvent discoïdes en os ou en stéatite et en test de coquillage. Une perle annulaire en calcaire est aussi présente.
Les pendeloques sont représentées par quelques fragments dont la forme est rarement déterminable, en os ou en test de coquillage. La présence d’une pendeloque arciforme perforée, réalisée sur un fragment de gros coquillage fossilisé est très remarquable. Certaines pendeloques ont été réalisées sur des coquillages non transformés : une pendeloque en cardium percé par abrasion au niveau du crochet, identique à celle mise au jour dans la structure ST.3 lors de la campagne d’évaluation, un fragment de pectunculus appartenant probablement à une pendeloque, et une columbella rustica perforée verticalement.

5.5 Modes funéraires et données anthropologiques

La petite nécropole ou cellule d’inhumations se présente comme un regroupement de neuf sépultures dans la partie orientale de la fouille. Ces tombes se présentent pour l’essentiel comme de petites fosses très difficilement lisibles par le manque de contraste entre leur remplissage et le substrat encaissant.
Une sépulture, ST.25 a livré dans sa partie supérieure, une couronne de galets permettant d’observer une fosse ovale de plus de 50 cm de longueur pour une profondeur inférieure à 20 cm. La sépulture ST.1 a livré les restes d’un caisson de près de 1,2 m de longueur pour 0,6 m de largeur, composé dallettes calcaires présentant des calages en arrière, matérialisant la fosse d’implantation.
Sept sépultures sont individuelles. Une a livré les restes de deux enfants (ST.6) et une autre les restes d’un adulte et de quatre enfants (ST.21). Sur les 14 individus, minimum recensé de cet ensemble, 8 sont des enfants, 3 de jeunes enfants, un individu mort en période périnatale et deux adultes.
Ces sépultures sont généralement en très mauvais état de conservation. L’orientation des dépôts d’enfants ou de jeunes enfants, lorsqu’elle est observable, varie entre un axe ouest - est (tête à l’ouest) pour les sépultures ST. 6, 24 et 27, et un axe est - ouest (tête à l’est) pour les sépultures ST. 1 et 25. La face est systématiquement tournée vers le sud. La sépulture ST. 22 qui contient les restes d’un individu adulte de sexe probablement féminin présente une orientation grossièrement nord - sud.
Les six positions de dépôt, qui ont pu être restituées présentent peu de variations. Les corps reposent en décubitus latéral droit (ST. 6, 24 et 27) ou gauche (ST. 1 et 25). L’individu adulte de la sépulture ST. 22 repose, par contre, en position d’avantage dorso-latérale. Les membres supérieurs sont généralement fléchis ou semi-fléchis et les membres inférieurs fléchis ou hyper-fléchis.
L’architecture des sépultures est difficile à restituer. Les observations anthropologiques indiquent une décomposition des corps en espace vide, mais aucun effet de paroi, blocage en élévation, n’a pu être observé. Il est possible que la seule compacité des sédiments ait pu maintenir un espace vide de sédiments durant toute la phase de décomposition et même au-delà. L’architecture restituée pourrait alors se limiter à un seul plateau supérieur débordant sur des ressauts aménagés qui ont pu être observés sous la forme d’une couronne de galets pour la sépulture ST. 25. Cependant le caractère très plan du fond des fosses et, par conséquent, l’absence de contraintes sur les squelettes, pourrait constituer un argument en faveur de la présence de coffres ou contenants rigides en matériaux périssables. Une observation contradictoire a cependant été effectuée sur l’individu de la sépulture ST.27 dont la fosse, qui perfore le dallage du monument funéraire du Néolithique récent, est très contraignante.
La sépulture ST.1 présente la caractéristique d’avoir livré les restes, très dégradés, d’un coffre de dallettes calcaires composé d’un simple cadre de dalles sans fond aménagé observable sous le dépôt funéraire.
Ces observations diverses montrent une probable variété des modes architecturales des tombes de cet ensemble.
Aucun dépôt de mobilier archéologique n’a pu être observé en relation avec ces sépultures. Cependant le remplissage de certaines tombes a livré un mobilier homogène marqué par la présence de céramique ornée épicampaniforme.

Sépulture d'adulte en fosse de la nécropole Campaniforme / Bronze ancien (photo O. Lemercier)


5.6 Nature de l’occupation

L’occupation du Campaniforme - Bronze ancien semble être unique et, dans ce secteur, assez brève pour que les installations ne se recoupent que rarement. L’étendue du site, vers l’ouest, ne peut être précisée, mais les diverses installations domestiques spécialisées et la présence d’une nécropole, qui pourrait n’être qu’une cellule d’inhumations liée à une unité domestique ou à un recrutement particulier, pourrait indiquer qu’il s’agit ici d’une petite partie d’un établissement plus important.
La nature domestique de l’implantation, de part le mobilier mis au jour et les différents types de structures, ne semble pas faire de doute. Les observations géoarchéologiques relatives à d’importants incendies, pouvant être attribuables à des défrichements, pourraient plaider pour l’hypothèse d’un habitat à vocation agricole dominante implantée en périphérie d’une zone à fort potentiel cultural.

5.7 Comparaisons et insertion chronoculturelle

Si l’assemblage mobilier peut sembler hétérogène en comparaison avec d’autres séries attribuées aux mêmes périodes, la répartition et l’association des différents types de mobilier semblent pouvoir confirmer l’hypothèse d’une occupation unique. La présence de certains vestiges (céramique campaniforme ornée au peigne), pouvant être considérés comme antérieurs, sur le sol archéologique, pourrait être lié à des phénomènes taphonomiques, mais il faut alors s’interroger sur leur absence dans les ensembles clos correspondant à l’occupation antérieure (Néolithique final du groupe Rhône-Ouvèze). Le phénomène campaniforme se développant pour l’essentiel sur une période relativement brève, la chronotypologie établie arrive peut-être ici à la limite de sa validité (Lemercier 1996, 1997a).
Dans l’attente de datations isotopiques, nous pouvons proposer de placer cette occupation, caractérisée par une prédominance d’éléments évolués et une présence de caractères plus anciens, à la charnière entre le Phénomène campaniforme et le début de l’Age du bronze ancien autour du XXIIIe siècle av. J.C. en datation calibrée.
Ce site s’inscrit dans une série d’établissement correspondant à la même attribution chronoculturelle générale, qui ont été mis au jour sur le tracé du TGV Méditerranée (Lemercier 1997b, 1998a et b, à paraître), montrant une importante densité des occupations dans les zones de plaine de ce secteur de la vallée du Rhône.


6. Synthèse des données et éléments de discussion

Les vestiges les plus anciens, rattachés au Néolithique ancien et moyen, font référence à une fréquentation du site à ces époques ou à l’existence d’une réelle occupation dont les structures n’auraient pas été conservées. Il faut néanmoins insister sur la surface réduite qui a pu être observée pour ces niveaux très profondément enfouis. Les conditions et les délais de l’opération n’ont en effet pas permis d’explorer de surfaces importantes dans les secteurs qui ont livré ces objets, à des profondeurs pouvant excéder deux mètres. Il n’est donc pas possible de conclure sur l’absence de structurations, dans l’emprise étudiée et ses abords, pour ces périodes.

L’occupation attribuée au Néolithique récent pose deux problèmes spécifiques.
Le premier concerne la nature et l’unicité de l’occupation. Les observations faites tant au niveau de la nature des matériaux employés pour la construction du monument funéraire (identiques à ceux de la structure dallée ST. 100) qu’à celui du mobilier rattaché à ces deux structures, semblent indiquer leur strict synchronisme et probablement leur utilisation complémentaire. Par ailleurs, le mobilier mis au jour à la surface de cet empierrement est identique à celui mis au jour à l’intérieur des structures qui l’ont perturbée et montre que la structure ST. 100 n’étaient pas enfouie au moment du creusement des fosses. La nature même de ce mobilier avec ces formes particulières ne permet pas de mettre en évidence une occupation à caractère domestique distincte de l’implantation de la sépulture. Il semble que l’ensemble de ces structures correspond à une seule occupation à caractère funéraire. La structure ST. 100 voisine de la tombe mégalithique pourrait alors correspondre (s’il ne s’agit pas de l’extrémité d’un autre monument) à une plate-forme associée au monument funéraire et le mobilier mis au jour pourrait être interprété en terme de dépôt d’offrandes ou de vestiges d’activités liées à la présence de la sépulture. Si ce cas est rarement reconnu, cela ne prouve en rien son impossibilité et devrait plutôt encourager les recherches sur les périphéries des monuments mégalithiques dont les structures tumulaires ne sont correctement étudiées que depuis quelques décennies.
Le second problème concerne l’attribution chronoculturelle précise de cette occupation et renvoie à un débat terminologique autant qu’archéologique. Le terme Néolithique récent a été retenu, comme vocabulaire d’attente pour une raison très simple. La comparaison du mobilier avec les séries de référence régionale a montré qu’il ne s’agissait pas d’un Néolithique moyen chasséen au sens propre et qu’il ne pouvait pas être attribué à un des groupes régionaux définis du début du Néolithique final. Ce mobilier présente nettement des affinités avec la typologie du Chasséen mais sa technologie, certains éléments typologiques et la datation obtenue (unique il est vrai) le détachent de ce complexe rendant délicate l’utilisation du terme « Chasséen terminal ». La datation 4385 ± 60 B.P. soit : 3318 - 2900 BC CAL. renvoie au Néolithique final et plus précisément à la phase 1b d’A. D’Anna correspondant à l’expansion des groupes de Fraischamp en Provence et de Ferrières en Languedoc oriental. Cette phase correspond à l’apparition des sépultures dolméniques dans ces régions ainsi que la naissance du groupe Couronnien qui perdureront tous deux dans le Néolithique final accompli (D’Anna 1995 a et b). Que l’occupation soit à rattacher à cette phase ou plus probablement à la fin de la phase 1a qui est située par A. D’Anna vers 4600 BP, elle n’en a pas moins de profonds caractères hérités du Chasséen et ne peut en conséquence, et en attendant une réelle discussion sur ce sujet, être qualifiée de Néolithique final au sens strict. L’appellation Néolithique récent qui renvoie principalement aux observations faites en Languedoc par X. Gutherz permet de désigner un faciès de transition entre le Néolithique moyen et le Néolithique final, assez récent en chronologie, mais où les traditions anciennes sont encore bien perceptibles. Dans l’avenir, et si la multiplication des datations radiocarbones amène à des résultats cohérents, il sera plus judicieux de parler en siècle ou en demi-millénaires comme envisage de la faire A. D’Anna, à la suite des propositions de J.-L. Voruz (Voruz 1995).

L’occupation attribuée au Néolithique final, au sens strict, pose elle aussi plusieurs problèmes qui donneront lieu à des discussions. Le petit nombre de structure conservée ne permet pas de caractériser une occupation qui, selon les observations stratigraphiques effectuées sur d’autres secteurs du site, devait être beaucoup plus importante.
Le mobilier archéologique, en conséquence peu abondant, pose des problèmes d’attribution et au delà nous amène à nous interroger sur l’existence, la parenté et la périodisation des différents groupes du Néolithique final dans la moyenne et basse vallée du Rhône. En effet, cette série fait référence pour certaines formes au groupe de Fontbouisse et à son faciès « extrême oriental », le groupe Rhône-Ouvèze, cependant la presque totalité de ces objets pourrait être attribuée au groupe des Bruyères (Gilles 1975), placé chronologiquement entre le groupe de Ferrières et le groupe de Fontbouisse (Bordreuil 1998). Notre méconnaissance de ce faciès languedocien s’ajoute au petit nombre de séries publiées à ce jour pour ce groupe et ne nous permet pas de trancher sur cette question.

L’occupation attribuée à la transition Campaniforme - Bronze ancien est la plus importante du site. De nombreux travaux seront encore nécessaires afin d’appréhender l’ensemble des informations collectées. La caractérisation précise de ces vestiges demeure donc à venir. Si la présence d’objets relatifs au Campaniforme récent et d’objets caractéristiques du Bronze ancien barbelé peut poser quelques problèmes dans les schémas traditionnels, nous ne pouvons que constater leur association stricte dans des ensembles dits « clos » (ce qui peut être discuté) et l’absence de recoupements de structures dont la disposition présente une structuration évidente de l’espace ne plaide pas pour une succession d’occupations ni même pour une occupation de très longue durée. L’association dans ce cadre de vestiges domestiques et funéraires ne semble pas aberrante face aux observations faites sur les grands sites bronze ancien d’Auvergne par exemple. Il s’agirait ici d’une occupation relativement importante dont une très petite superficie a pu être fouillée dans l’emprise des travaux. Les sépultures seraient alors à associer non à une réelle nécropole mais plutôt à une cellule d’inhumations subordonnée à une maison ou un groupe de maisons.

7. Conclusions

Le site de Mondragon - Les Juilléras, malgré la faible superficie de la fouille, a livré une séquence importante pour la fin de la préhistoire dans la moyenne et basse vallée du Rhône et chacune des occupations caractérisées présente un intérêt propre.
Les vestiges épars attribuables au Néolithique ancien et moyen, s’ils ne présentent pas un intérêt intrinsèque en raison de leur rareté et de leur fragmentation, peuvent fournir un indice de la fréquentation et de la probable mise en culture de la basse plaine du Tricastin dans un secteur très riche en sites et découvertes isolées de cette même époque. L’occupation du Néolithique récent présente le double intérêt de mettre en évidence un faciès de transition encore méconnu entre le Chasséen et le Néolithique final, et de livrer un ensemble funéraire qui, bien que très dégradé, présente des caractères inédits dans la région. L’implantation du Néolithique final, malgré ses dimensions réduites permet d’envisager l’occupation des zones de plaine inondable à l’extrême fin du Néolithique. Sa localisation sur un tumulus antérieur et en bordure d’un secteur à fort potentiel agricole est remarquable. Le mobilier mis au jour permet de poser un certain nombre de questions concernant aussi bien la géographie que la chronologie relative des groupes culturels de la fin du Néolithique. L’occupation du Campaniforme - Bronze ancien présente plusieurs points d’intérêt majeurs, malgré la surface réduite qui a pu être étudiée et l’extrême fragmentation du mobilier archéologique. L’implantation très structurée permet d’observer une organisation de l’habitat, et une articulation avec un secteur funéraire, rarement reconnues pour cette période. Sa localisation, associée à celles d’une série d’autres sites mis au jour sur le tracé du TGV Méditerranée modifie considérablement notre conception de l’occupation des territoires par ces cultures. Enfin les séries récoltées, dont l’étude se poursuit, pourraient contribuer à renouveler de façon importante la problématique chronoculturelle de la période.
L’étude exhaustive des données de ce site dans le cadre d’une séquence longue où seront ajoutées les occupations du Bronze final et du début de notre ère devra aboutir rapidement à une publication monographique qui permettra de livrer l’ensemble de la documentation à la communauté scientifique.

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Wednesday, May 03, 2006

Bilan de l’archéologie néolithique
en Provence-Alpes-Côte d’Azur 1994-2004


Le programme 13 :
“ Processus de l’évolution du Néolithique à l’âge du Bronze ”,
en région PACA




Olivier Lemercier



Introduction : objectifs et priorités du programme 13


Le programme 13 du CNRA, dans sa forme actuelle est issu de la programmation nationale de 1994, parue en 1997, et prenait la suite du programme P13 : Cultures du Chalcolithique et du Bronze ancien. Il a fait l’objet d’un bilan national 1995-1997 (2002) qui n’en a pas modifié les objectifs.


Ce programme envisageait l’évolution des sociétés du Néolithique vers celles des âges des métaux et prenait en compte les cultures du Néolithique récent et final, le Campaniforme et les phases du Bronze ancien.

Au niveau national, le programme reposait essentiellement sur l’archéologie funéraire en mettant en avant la nécessité de rechercher davantage les habitats correspondant aux nombreuses sépultures étudiées. Le programme accordait aussi au phénomène campaniforme une place centrale.

Dans le détail, il s’interrogeait sur :

- Les liens de causalité entre les évolutions climatiques et culturelles au passage de l’Atlantique au Subboréal.

- La signification de l’éclatement du Chasséen et la nécessité d’une précision chronotypologique des groupes culturels régionaux se mettant en place à ce moment.

- Le rôle de l’apparition de la métallurgie.

- Le phénomène campaniforme et ses relations avec les cultures de la fin du Néolithique.

- L’interprétation de la répartition relative des habitats et des sépultures.

- L’analyse des pratiques funéraires par la fouille anthropologique de sépultures selon des normes strictes et la publication de ces résultats.

- La reprise de l’inventaire des mégalithes de France.

Mais les priorités définies étaient aussi complétées par des problématiques spécifiques à des grandes régions. Concernant le Midi, le programme mettait en avant plusieurs questions :

- Les modalités de l’expansion du Ferrières, sa signification et ses causes.

- La précision de l’extension des différents faciès de la fin du Néolithique, en particulier en Provence orientale.

- Les faciès de la fin du Néolithique dans les Alpes et la moyenne vallée du Rhône.

- L’essor démographique de la fin du Néolithique, processus et conséquences.

- La datation des hypogées d’Arles.

- La place et le rôle des groupes à céramique à décor barbelé dans le Bronze ancien.

- La nature de l’habitat de plaine au Bronze ancien.


1. Bilan quantitatif des opérations


Les listes sont établies à partir du récapitulatif des données de la base Patriarche établi par le SRA et d’une relecture des tableaux et des fiches d’opérations du Bilan Scientifique Régional. Elles ne prétendent pas à l’exhaustivité mais comprennent néanmoins la quasi-totalité des opérations ayant livré des résultats significatifs pour le programme 13.


1.1 Les fouilles et sondages


Pour la période de 1994 à 2004, il est possible de recenser 75 opérations de terrain (hors prospections) qui ont contribué (ou sont susceptibles de contribuer) aux problématiques du programme 13 concernant le Néolithique final au sens large et le Bronze ancien (fig. 1).

Ces opérations sont le plus souvent ponctuelles, en raison du poids des opérations d’archéologie préventive. Ainsi 54 opérations ne sont mentionnées que pour une seule campagne de fouille, alors que seules 20 sites ont fait l’objet de plusieurs opérations successives (de 2 à 8-9 campagnes). Les 75 opérations correspondent à 133 campagnes de fouilles.

Mais au sein de ces opérations, il convient de distinguer d’une part les opérations programmées (14 sites), les opérations préventives de tous types (42 sites) et les sondages ponctuels (17 sites) ainsi qu’une opération d’Analyse et d’autre part les opérations directement inscrites dans le programme et celles dépendant d’un autre programme mais ayant contribué à celui-ci. Malheureusement, les données concernant les programmes correspondant à chaque opération ne sont pas disponibles pour plusieurs années de la période envisagée.


Les 15 opérations programmées correspondent pour l’essentiel à des opérations pluriannuelles. Seules 4 d’entre-elles ont fait l’objet d’interventions ponctuelles et deux de deux campagnes. Les autres sont des opérations étalées sur 4 à 8-9 années.


1.2 Les Projets collectifs de Recherche et Prospections thématiques


Concernant les Projets Collectifs de Recherche et les Prospections thématiques (fig. 2), il est beaucoup plus difficile de mesurer l’apport potentiel des opérations au programme qui nous intéresse, sauf lorsque l’opération dépend directement du programme. De ce fait le nombre d’opération pris en compte est certainement nettement surévalué. Nous avons recensé 52 opérations correspondant à 37 Prospections thématiques et 15 Projets Collectifs de Recherche dont les domaines ou secteurs d’étude ont pu apporter des données au programme 13. Cependant seulement 8 opérations sont directement liées au programme 13. La plupart des Prospections thématiques sont des opérations annuelles, mais certaines ont pu être conduites sur 2 à 6 campagnes. Les Projets Collectifs de Recherche sont des opérations pluriannuelles de 2 à 7 années successives. Au total ces opérations correspondent à 91 campagnes ou années d’étude.


1.3 Les autres opérations


Les prospections inventaires ne sont pas prises en compte faute de connaître le résultat des opérations qui ont cependant un grand intérêt pour l’occupation du sol à la fin du Néolithique et l’évaluation du potentiel des secteurs actuellement sous-exploités. Les relevés d’art rupestre de l’âge du Bronze ne sont pas pris en compte ici. Enfin de nombreuses opérations mentionnent la présence de vestiges attribuables à la Préhistoire en général, au Néolithique ou au “ Néolithique récent ” dans son sens de “ Néolithique moyen ou final ”. Elles n’ont pas été recensées en raison de l’absence d’informations exploitables.


2. Bilan qualitatif des opérations


2.1 Chronologie


Chronologiquement, les opérations de fouilles et sondages se répartissent sur l’ensemble de la période considérée par le programme 13. C’est le Néolithique final (excluant le Campaniforme) qui est le plus représenté avec 52 occupations ayant fait l’objet d’opérations. Le Campaniforme est représenté dans 27 opérations et le Bronze ancien dans 26 opérations. Il est aussi intéressant de noter que 11 opérations concernent des sites à occupations multiples (3 occupations minimum entre le Néolithique moyen et le Bronze ancien).


Parmi les Prospections thématiques, seules 8 sont directement rattachées aux programmes portant sur le Néolithique et 6 spécifiquement au programme 13, donc à l’évolution du Néolithique à l’âge du Bronze. Toutes les autres n’ont pas de spécificités chronologiques mais plutôt thématiques (Mines et métallurgie, histoire des techniques, approches spatiales, environnementales…).


Il en est de même pour les Projets Collectifs de Recherche, puisque seulement 5 concernant directement des programmes concernant le Néolithique et l’âge du Bronze dont 3 sont rattachés au programme 13. Les autres sont des opérations thématiques (Mines et métallurgie, histoire des techniques, approches spatiales, environnementales, anthropisation, terroirs et peuplements…).


La répartition des opérations en fonction de la chronologie semble correspondre aux attentes du programme 13, bien que les opérations concernant le Campaniforme et le Bronze ancien sont nettement moins nombreuses que celle concernant le Néolithique final.


2.2 Géographie


Géographiquement, il est possible d’observer que l’ensemble de la région a été couvert par les opérations relatives au programme 13. Néanmoins on note de fortes disparités concernant le type d’opérations selon les départements.

Ainsi les opérations de fouilles programmées se concentrent essentiellement dans le département des Bouches-du-Rhône (6 sites) puis des Hautes-Alpes (4 sites). Mais ces dernières opérations sont en lien avec la seule thématique métallurgique). Les autres départements n’étant concernés que pour un unique site.

Les sondages se répartissent de façon plus “ classique ” en région PACA avec une dominante pour les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse (3 sites), suivis par le Var (2 sites). Les départements alpins correspondant à la Provence orientale et septentrionale demeurant moins investis de ce point de vue (1 site).

Les opérations préventives (tous opérateurs confondus) montrent la même répartition que les sondages avec toujours la dominante des Bouches-du-Rhône (12 sites), du Vaucluse et du Var (9 sites) et les départements alpins en retrait, avec 6 sites pour les Alpes-de-Haute-Provence, 3 sites pour les Hautes-Alpes et 2 sites pour les Alpes-Maritimes. Cependant sur les 9 sites ayant fait l’objet d’opérations préventives dans le département du Vaucluse, 6 l’ont été dans le cadre de la seule intervention sur le tracé du TGV Méditerranée.


La géographie des prospections thématiques montre une situation inverse avec une forte dominance des département alpins (12 opérations concernant les Hautes Alpes et 9 pour les Alpes-de-Haute-Provence, 6 pour les Alpes-Maritimes) et 7 opérations pour le Var pour seulement 4 dans les Bouches-du-Rhône et 4 dans le Vaucluse. Cette tendance pourrait encore s’accentuer par la prise en compte des prospections inventaires, nombreuses dans les départements alpins.


Les Projets Collectifs de Recherche se répartissent en revanche de façon plus habituelle avec 7 opérations pour les Bouches-du-Rhône, 5 pour les Alpes-de-Haute-Provence et le Var, 4 pour le Vaucluse et les Alpes-Maritimes et 3 pour les Hautes-Alpes. Notons au passage que 2 de ces PCR, directement rattachés au programme 13 ont pris en compte l’ensemble des départements de PACA.


En grandes tendances, on remarque que l’activité se répartit sur l’ensemble de la région mais que les sondages, les fouilles préventives et les PCR se concentrent sur les secteurs méridionaux et occidentaux de la région. L’essentiel des opérations conduites dans les départements alpins (Provence septentrionale et orientale) sont des Prospections thématiques (et sans doute des prospections inventaires) ne donnant que rarement lieu à des sondages et des fouilles. De plus, les activités concernant ses secteurs alpins sont presque toutes orientées vers les problématiques de la métallurgie.

La Provence orientale et septentrionale demeure donc en marge de la recherche sur la fin du Néolithique et la transition à l’âge du Bronze, malgré les recommandations du programme 13.


2.3 Problématiques spécifiques


2.3.1 Les approches chrono-culturelles


La transition du Néolithique moyen au Néolithique final


La question de l’éclatement du groupe Chasséen du Néolithique moyen, et de la précision chronotypologique des groupes culturels régionaux se mettant en place à ce moment, ne pouvait jusqu’en 1994 être abordée que par la grotte de Ménerbes (Vaucluse). Cette question a été alimentée de façon très importante pendant ces dix dernières années aussi bien par le redéveloppement de travaux concernant le Néolithique moyen (non pris en compte dans le programme 13) que par une série de découvertes principalement en contexte préventif. Les fouilles préventives concernées appartiennent essentiellement à l’opération d’archéologie préventive sur le tracé du TGV Méditerranée avec les sites des Juilléras, des Ribauds et du Dduc à Mondragon (Vaucluse) et la nécropole de Château Blanc à Ventabren (Bouches-du-Rhône). Mais, il est possible d’y ajouter le site de la Blaoute à Crillon-le-Brave (Vaucluse) qui a fait l’objet d’une petite intervention préventive et la grotte du Mourre de la Barque à Jouques (Bouches-du-Rhône) qui fait l’objet d’une fouille programmée pluriannuelle. Ces opérations préventives et programmées, associées à plusieurs autres s’intéressant à la fin du Néolithique moyen, ont permis de constituer des corpus documentaires inédits montrant l’existence d’ensembles différents à la transition entre le Néolithique moyen et le Néolithique final. Plusieurs datations radiométriques ont pu être effectuées et une approche stratigraphique inédite pour cette période a pu être réalisée sur le site du Mourre de la Barque.

Une table ronde internationale sur ce sujet réunie à Aix-en-Provence en mars 2005 semble avoir suscité un grand intérêt et devrait permettre de relancer la recherche sur ces problématiques.


Les cultures du Néolithique final (Particulièrement Provence orientale et Alpes)


Concernant les cultures du Néolithique final, l’essentiel des opérations a concerné les secteurs les mieux connus de la région afin de préciser la définition des cultures déjà reconnue. C’est le groupe Couronnien qui a fait l’objet du plus grand nombre de travaux avec plusieurs fouilles programmées, particulièrement celle du site éponyme le Collet-Redon et celle de Ponteau-Gare à Martigues (Bouches-du-Rhône), mais aussi préventives comme la Petite Bastide à Bouc-Bel-Air, La Tourette à Marseille, et le RD6 à Gardanne-Meyreuil, toutes trois dans les Bouches-du-Rhône, ainsi que le site du Mirail à Peypin d’Aigues (Vaucluse). Le Couronnien a aussi fait l’objet d’un Projet Collectif de Recherche spécifique de 1998 à 2004 permettant de proposer un bilan documentaire et une définition actualisée de la plus importante entité culturelle de la fin du Néolithique provençal. Parmi les domaines étudiés, la céramique, l’industrie lithique, l’habitat, la parure, l’économie animale, l’industrie sur matières dures animales ont fait l’objet d’une attention particulière.


Le groupe Rhône-Ouvèze a aussi fait l’objet de nombreux travaux, essentiellement toujours en Provence occidentale ave de rares opérations programmées sur le site de la Bastide Blanche à Peyrolles, des Barres à Eyguières et du Fortin du Saut à Châteauneuf-lès-Martigues (Bouches-du-Rhône), mais surtout avec des découvertes dans des contextes préventifs dans le Vaucluse comme sur les sites du Chêne à Lamotte-du-Rhône et des Juilléras à Mondragon et au-delà de ce secteur, dans le Var avec les sites du Plan Saint-Jean à Brignoles et de Chemin d’Aix à Saint-Maximin. La céramique du groupe Rhône-Ouvèze fait par ailleurs l’objet d’une thèse de Doctorat permettant de préciser la définition de cet ensemble mais aussi de préciser l’attribution chrono-culturelle de nombreuses occupations fouillées ces dernières décennies en Provence.


La Provence orientale demeure en retrait de ces recherches chrono-culturelles, puisque seule la fouille programmée de l’abri Pendimoun à Castellar apporte des éléments nouveaux avec la mise en évidence d’une influence nord-italique (padane) dans les Alpes-Maritimes sous la forme de céramiques à décor métopal, probablement en contexte avec du Campaniforme ancien, offrant une correspondance chronologique intéressante entre ces deux régions.


La Provence septentrionale, en revanche, a fait l’objet d’un plus grand nombre d’interventions que les secteurs orientaux. La fouille programmée du site de La Fare a particulièrement permis de constituer des corpus de référence pour deux moments du Néolithique final régional avec une importante occupation de tradition couronnienne présentant de notables influences ferrières et un système d’enceintes inédit en Provence, ainsi qu’une occupation attribuable au groupe Rhône-Ouvèze avec la présence d’une sépulture individuelle de tradition campaniforme ancien. Mais de nombreuses interventions de moindre ampleur ont livré d’autres séries attribuables aux principales cultures de cette période comme les fouilles préventives de du Plateau du Moulin à Vent à Saint-Michel-l’Observatoire, de Pavoux-Lombard à Forcalquier, du Champs du Roi à La Brillanne (Alpes-de-Haute-Provence) et de Saint-Antoine à Vitrolles (Hautes-Alpes) ou encore le nouveau sondage dans la grotte du Perthus 2 à Méailles (Alpes-de-Haute-Provence). Par ailleurs, des opérations de prospections thématiques dans les Hautes-Alpes ont permis la mise en évidence de la présence de céramiques à carène basse de type Rhône-Ouvèze permettant de préciser l’extension de cet ensemble culturel à l’intérieur du massif alpin.


L’extension du groupe de Ferrières


L’extension du groupe de Ferrières, problématique soulignée par le Programme 13, peut être abordée en Provence par les résultats des fouilles de plusieurs sites et particulièrement en Haute-Provence, par les séries céramiques de la première occupation du site de La Fare à Forcalquier qui présente des influences languedociennes notables (décors de cannelures en épis, cordons horizontaux multiples…). Des éléments de même type (décors spécifiques) se retrouvent par ailleurs sur plusieurs sites du sud-Luberon comme celui du Mirail à Peypin d’Aigues ou celui de Gallon à Cucuron (Vaucluse), site fouillé en 1904 mais dont le mobilier a été étudié dans le cadre d’un PCR du programme 13. La présence d’éléments de tradition ou d’influence ferrières en Provence pourrait être intéressante pour comprendre la diffusion concomitante et peut-être associée de la céramique de tradition ferrières et des grandes lames en silex rubané du bassin de Forcalquier, vers l’Est de la France.


Le phénomène Campaniforme


La question campaniforme (excluant les céramiques à décor barbelé traitées dans le paragraphe suivant) a pu être alimentée en région PACA par de nombreuses découvertes sur l’ensemble de la région en contexte programmé ou préventif. En contexte préventif, il s’agit des fouilles du tracé du TGV Méditerranée aux Petites Bâties et au Chêne à Lamotte-du-Rhône, aux Juilléras et aux Ribauds à Mondragon, aux Bartras à Bollène (Vaucluse) et à l’Abri des Fours à Aix (Bouches-du-Rhône), ainsi que d’opérations plus ponctuelles comme à la grotte du Defens à Salernes (Var), au dolmen des Blaquières à Vence (Alpes-Maritimes), au Champs du Roi à La Brillanne (Alpes-de-Haute-Provence). En contexte programmé, les opérations les plus importantes sont celles de l’Abri Pendimoun à Castellar (Alpes-Maritimes), de La Fare à Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence), du Fortin du Saut à Châteauneuf-les-Martigues et de la Bastide Blanche à Peyrolles (Bouches-du-Rhône), mais de nombreuses autres opérations ont livré quelques éléments intéressant cette problématique comme les fouilles programmées du Collet-Redon, Ponteau-Gare et Saint-Pierre à Martigues ou encore les sondages de la grotte du Rat à Levens (Alpes-Maritimes) et de la Baume des Drams à Mazaugues et de la Bergerie des Maigres à Signes (Var). Par ailleurs, plusieurs opérations de prospections ont livré des éléments intéressants comme dans les Alpilles avec les prospections des Caisses de Saint-Jean à Mouriès (Bouches-du-Rhône) et surtout les prospections thématiques des Hautes-Alpes qui ont révélé la présence d’au moins deux nouveaux sites en secteur de montagne.

Divers aspects des problématiques campaniformes ont pu ainsi être abordés et notamment ceux liés à la première présence campaniforme, à sa datation et à on contexte d’insertion par les fouilles de La Fare, du Fortin du Saut et de l’Abri Pendimoun. D’autre part, il s’agit pour l’essentiel, pour l’ensemble de la séquence campaniforme, de la fouille de contextes domestiques et non uniquement de sépultures, permettant d’aborder les problématiques campaniformes d’une façon souvent novatrice.

Une synthèse des données campaniformes du sud-est de la France a été réalisée dans cette période, dans le cadre d’une thèse de Doctorat.


Les groupes à céramique à décor barbelé du Bronze ancien


Comme pour le Campaniforme ancien et récent, les découvertes concernant les groupes à céramique à décor barbelé ont fait l’objet de plusieurs découvertes importantes en PACA, ces dix dernières années. Les fouilles préventives sur le tracé du TGV Méditerranée y ont encore une fois largement contribué avec en particulier les sites des Petites Bâties à Lamotte-du-Rhône, des Juilléras et du Duc à Mondragon (Vaucluse) mais aussi du Clos Marie-Louise à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Mais là encore d’autres interventions préventives plus ponctuelles ont pu avoir des résultats importants comme celle de l’Usine Chiris à Grasse (Alpes-Maritimes). D’autres opérations, programmées ou de simples sondages, ont enfin alimenté cette problématique comme avec les sites de Martigues dans les Bouches-du-Rhône (Collet-Redon, Ponteau-Gare et Saint-Pierre), mais aussi le sondage sur le site d’Irrisson à Goult (Vaucluse). Enfin, s’intégrant pleinement dans la problématique initiée par le programme 13, une table ronde internationale (Aix-en-Provence, 1998) et un Projet Collectif de Recherche spécifique se sont consacré à cette question.


2.3.2 Les approches thématiques


Sépultures et habitats


Contrairement sans doute à d’autres régions de France, la fin du Néolithique et le début de l’âge du Bronze sont envisagées en PACA principalement par la fouille de sites domestiques plutôt que celle de sépultures et de sites funéraires, mais ces derniers ne sont cependant pas oubliés.

Ainsi plusieurs interventions ont été organisées sur des dolmens anciennement fouillés ou pillés, dans le but d’observations archéologiques pouvant parfois être liées à des travaux de restauration. Il s’agit de monuments de l’Est Varois et des Alpes-Maritimes avec le dolmen de la Briande à Ramatuelle, le dolmen de la Gaillarde à Roquebrune-sur-Argens (Var), le dolmen de la Graou à Saint-Cézaire et le dolmen des Blaquières à Vence (Alpes-Maritimes). Mais on retiendra surtout la fouille d’un monument inconnu jusqu’alors et en grande partie préservé avec le dolmen de l’Ubac à Goult (Vaucluse) qui a permis d’observer, en outre, la longue durée de l’occupation du site funéraire.

L’archéologie funéraire ne se limite pas au dolmen et l’ensemble le plus important demeure la nécropole de Château Blanc à Ventabren (Bouches-du-Rhône) qui a livré plusieurs tombes tumulaires de la transition du Néolithique moyen au Néolithique final, un dolmen du Néolithique final et une tombe en coffre attribuable au Bronze ancien. La fouille de l’hypogée des Boileau à Sarrians (Vaucluse) s’est par ailleurs achevée en 1994 et d’autres sites ont livré des éléments intéressants comme la sépulture individuelle campaniforme de La Fare à Forcalquier et l’ensemble funéraire des Juilléras à Mondragon (Vaucluse) avec un petit monument mégalithique à inhumations collectives, sans doute attribuable au début du Néolithique final et une cellule d’inhumations individuelles et multiples en fosse et en caisson attribuable à la transition du Néolithique final au Bronze ancien. Les sépultures en cavité demeurent les plus nombreuses à être fouillées pour cette période avec la grotte du Defens à Salernes, la grotte des Cèdres au Plan d’Aups et la Baume des Maures à la Garde-Freinet (Var), la grotte du Rat à Levens (Alpes-Maritimes), la Baume di Cabri aux Baux de Provence (Bouches-du-Rhône), et l’Aven des Praux à Montsalier (Alpes-de-Haute-Provence).


La datation des hypogées d’Arles


Les hypogées d’Arles n’ont fait l’objet d’aucune nouvelle intervention dans la période 1994-2004.


Evolutions climatiques et culturelles


Les études environnementales se sont particulièrement développées pendant les années 90 et ont été intégrées à la plupart des opérations de fouilles sur les sites de la fin du Néolithique et du début de l’âge du Bronze. Si l’intérêt des études environnementales n’est plus à démontrer, on peut en revanche s’inquiéter de l’effet de mode conduisant à des pratiques outrancières, comme le fait de ne plus pouvoir fouiller un site de la fin du Néolithique sans y intégrer un programme paléoenvironnemental même lorsque le site ne le permet pas. Des études paléoenvironnementales et paléoclimatiques intéressantes ont cependant été initiées en région PACA pour la période qui nous intéresse, en particulier avec des opérations proprement environnementale comme le Projet Collectif de Recherche portant sur le chenal de Caronte à Martigues (Bouches-du-Rhône) et surtout des opérations concertées entre archéologues et environnementalistes comme la vaste opération de géoarchéologie sur le tracé du TGV Méditerranée et le Projet Collectif de Recherche portant sur l’occupation humaine du versant sud du Grand Luberon (Vaucluse).


La métallurgie


Les questions liées aux activités métallurgiques, envisagées le plus souvent de façon diachronique) ont fait l’objet d’un très grand nombre d’opérations pendant les dix dernières années. Il s’agit pour l’essentiel d’opérations de prospections thématiques visant à localiser les gîtes de minerais et les exploitations. Ces opérations ne semblent pas avoir conduit à un grand nombre de sondages ou de fouilles et seul l’ensemble des Clausis (atelier et mine) se démarque par une série d’opérations d’envergure. Les découvertes permettent de dater les exploitations de cuivre de Saint-Véran du début du Bronze ancien, mais aucune exploitation antérieure ne peut encore être assurée.


L’essor démographique de la fin du Néolithique


L’essor démographique de la fin du Néolithique n’a pas fait l’objet d’un programme spécifique en région PACA et cette question n’est actuellement alimentée que par la fouille des sépultures collectives et l’accroissement constant du nombre de sites répertoriés dans la région pour les périodes concernées.


L’habitat de plaine au Bronze ancien


Les opérations concernant le Bronze ancien ont été assez nombreuses si on considère les opérations portant sur les groupes à céramique à décor barbelé. Ces interventions s’étendent sur l’ensemble de la région, depuis les Bouches-du-Rhône jusqu’aux Alpes-Maritimes et aux Hautes-Alpes témoignant d’une bonne prise en compte géographique. Elles restent cependant très en retrait de l’investissement observé pour le Néolithique final.

La question spécifique de l’habitat de plaine n’a pas fait l’objet d’un programme spécifique mais peut être alimentée par plusieurs opérations comme celle des Juilléras à Mondragon et des Petites Bâties à Lamotte-du-Rhône (Vaucluse) et de Plan de Campagne aux Pennes-Mirabeau dans les Bouches-du-Rhône. Mais ces découvertes demeurent trop sporadiques et de faible étendue pour réellement aborder les questions de l’habitat.



La diffusion des résultats – Les publications

Après ce rapide bilan des opérations et de leurs contributions aux différentes problématiques soulignées par le programme 13, il nous a semblé utile de considérer l’apport réel de ces opérations en terme d’exploitation des données acquises et de mise à disposition des données auprès de la communauté scientifique.


S’il demeure difficile d’avoir connaissance de tous les projets de publications en cours ou à venir et de juger de leur état d’avancement comme de leur réalité, il semble néanmoins que l’intense activité archéologique pouvant alimenter les problématiques du programme 13 en région PACA ne se traduit pas par une intense parution de publication des données et des résultats d’étude.


Nous avons pu recenser dans les bibliographies régionales du Bilan Scientifique PACA de 1994 à 2004, 110 références concernant les sites ou les problématiques liés au programme 13 (excluant art rupestre et opérations purement environnementales). Il semble tout d’abord que ce recensement est bien loin d’être exhaustif, l’essentiel de la bibliographie régionale étant composé des envois des auteurs. De mémoire, nous avons pu trouver 12 références importantes manquant dans cette liste.


Si les principales fouilles programmées font l’objet de publications ponctuelles d’articles (Le Collet-Redon, Ponteau-Gare, La Fare, Pendimoun…), les fouilles préventives sont rares à absente si on exclue les grandes opérations comme le TGV Méditerranée qui a fait l’objet de publications spécifiques. Le principal support pour les publications concernant le programme semble être les actes de colloques et en particulier les Rencontres Méridionales de Préhistoire Récente, plutôt que les revues. Quelques publications majeures comme le “ Vaucluse Préhistorique ” ou “ âge du Bronze en Vaucluse ” ont permis de publier une masse de données importante mais sur des domaines ou des secteurs précis.

Par ailleurs les publications liées aux nombreuses manifestations de 2004-2005 n’ont pas été prises en compte et devraient voir de nombreux sites de PACA présentés : Congrès Préhistorique de France, Rencontres Méridionales de Préhistoire Récente, Table ronde Quatrième millénaire, Table ronde Industries lithiques d’Europe occidentale…


Une première analyse de la bibliographie régionale, au travers des recensements annuels dans les Bilans Scientifiques montre aussi l’extrême rareté, pour ne pas dire l’absence de publications monographiques. Fort heureusement, les articles et brèves publications ne sont pas rares et témoignent même d’une certaine activité spécifique de la part de la plupart des acteurs de l’archéologie dans la région, néanmoins, un nombre important d’opérations ne sont renseignées que par le Bilan Scientifiques régional, alors que d’autres, soigneusement recensées par la carte archéologique et les listes d’autorisations n’ont même pas fait l’objet de la moindre notice.

Concernant la période du Néolithique final au Bronze ancien, le décalage entre d’une part le nombre d’opérations et le volume de données acquises et d’autre part l’exploitation de ces données et leur diffusion auprès de la communauté scientifique, semble particulièrement préoccupant.


Synthèse : forces et faiblesses du programme 13 en région PACA. Eléments pour la définition d’une programmation interrégionale


Un bilan


Avec 75 sites fouillés (représentant environ 133 campagnes de fouilles), 37 prospections thématiques et 15 Projet Collectifs de Recherches susceptibles d’alimenter les problématiques du programme, la décennie écoulée semble avoir été particulièrement riche pour le programme 13.

Cependant, une analyse de ces données montre que les opérations de terrain sont essentiellement des opérations préventives, puisque les opérations programmées ne sont qu’une quinzaine et pas nécessairement dépendant directement du programme 13.

En terme de chronologie, l’ensemble de la période est couverte par ces opérations. En terme de géographie, la Provence orientale et septentrionale, très investies pour des opérations de prospections ou pour les programmes liés à la métallurgie, demeure en marge des problématiques chrono-culturelles malgré les incitations de la programmation.

Plusieurs questions envisagées par le programme 13 ont été largement alimentées dans la période 1994-2004 en région PACA. Il s’agit particulièrement des problématiques concernant la transition du Néolithique moyen au Néolithique final, le phénomène campaniforme et les groupes à céramique à décor barbelé.

Les aspects plus thématiques ont été traités de façon variable avec sans doute de réelles avancées concernant l’archéologie funéraire de la fin du Néolithique et la métallurgie du début de l’âge du Bronze.

Les questions des ensembles culturels de Provence orientale et septentrionale, de l’essor démographique de la fin du Néolithique et de la datation des hypogées de Fontvieille demeurent en revanche peu à pas abordées.

Concernant les opérations de terrain, certaines fouilles préventives et programmées semblent d’importance majeure. Pour les fouilles préventives, il s’agit surtout de l’opération sur le tracé du TGV Méditerranée qui a contribué à alimenter de nombreuses problématiques du programme 13. Pour les fouilles programmées, il s’agit surtout de la fouille d’importants sites du Néolithique final comme le Collet-Redon, Ponteau-Gare et La Fare.

Plusieurs Projets Collectifs de Recherches conduits ou initiés ces dernières années peuvent aussi fournir de nombreuses données comme le PCR sur le Couronnien, celui sur les premières productions céramiques du Bronze ancien et celui sur les productions laminaires remarquables.

En terme de publication, l’absence de monographie des très nombreux gisements de la fin du Néolithique fouillés dans les années 80 et 90 est notable et regrettable. L’intérêt des Bilans Scientifique régional ressort de l’absence de toute autre publication pour de nombreuses fouilles, particulièrement les fouilles préventives. Nous retiendrons les publications de “ l’âge du Bronze en Vaucluse ”, les notices du “ TGV Méditerranée ”, les “ stèles néolithiques du Musée Calvet ”, le “ Vaucluse Préhistorique ” et “ les Campaniformes dans le sud-est de la France ”, comme publications majeures intéressant le programme 13 en région PACA pendant la décennie 1994-2004.


Quelques éléments pour l’avenir


Au terme de ce rapide bilan des activités de 1994 à 2004, plusieurs points doivent être soulignés qui peuvent constituer quelques éléments de réflexion pour l’élaboration d’une future programmation interrégionale.


La problématique de la transition du Néolithique moyen au Néolithique final, qui constituait l’une des priorités du programme 13 a connu de notables avancées par la mise au jour de plusieurs corpus dans la région, parfois associés à des datations. Une récente table ronde sur ce sujet a montré l’intérêt renouvelé pour cette problématique qui devrait être envisagée dans l’avenir à la fois en Languedoc et en Provence mais aussi en associant des spécialistes du Néolithique moyen et du Néolithique final. Une opération collective, de type PCR, pourrait être envisagée sur ce sujet précis.

L’approche chrono-culturelle des secteurs actuellement peu investis de la région, les Alpes-Maritimes, les Alpes-de-Haute-Provence et les Hautes-Alpes devrait constituer une priorité de la future programmation pour la fin du Néolithique. Les bases obtenues par de trop rares fouilles en Haute-Provence (La Fare, La Ponchonnière, Saint-Antoine…) et les très nombreuses prospections inventaires et prospections thématiques conduites dans les départements alpins dans les dernières années devraient fournir matière au développement d’opérations de fouilles permettant de caractériser les ensembles culturels de la fin du Néolithique dans ces départements et leur séquence. Par ailleurs, la mise en évidence de traits culturels d’origine italique (padane) à l’abri Pendimoun à Castellar à la fin du Néolithique montre l’intérêt de développer à terme une recherche spécifique sur les relations entre notre région et le domaine italique à cette période.

Le Bronze ancien, hors Bronze ancien 1 à céramique à décor barbelé, demeure méconnu en région PACA et mériterait une politique d’incitation.

Dans le domaine funéraire, on peut s’interroger sur la problématique visant à dater les hypogées de Fontvieille, dans le programme 13. Ces monuments, dont l’importance n’est plus a montrer, demeurent méconnus faute d’avoir été publiés de façon satisfaisante. Un programme visant à réunir la totalité des données disponibles concernant cet ensemble pourrait être engagé avec la publication (ou la réalisation) de plans corrects des monuments, actuellement inédits. La question de la fouille de l’un des monuments actuellement en réserve ne devra pas être posée avant la réalisation de ces travaux indispensables.

Les problématiques liées à la métallurgie préhistorique sont encore pour l’essentiel en souffrance. Malgré la cartographie d’un grand nombre de gîtes de minerai et la fouille de rares exploitations et ateliers datés du début de l’âge du Bronze, la recherche d’une possibilité de métallurgie néolithique ne doit pas être abandonnée.

Les approches paléoenvironnementales et paléoclimatiques doivent se poursuivre, particulièrement sous la forme de programme spécifique en évitant les excès constatés ces dernières années de vouloir faire du paléoenvironnement sur des sites qui ne le permettent pas.
La mise en place de programme de datations isotopiques pour les sites de la fin du Néolithique et du début de l’âge du Bronze pourrait aussi constituer une priorité du futur programme, en fonction de l’évidente carence de dates disponibles et de la médiocre qualité de nombreuses dates (mesures anciennes affublées d’erreurs importantes, datations de charbons en couche). Un protocole de datations pourrait être mis en place dans le but d’effectuer des datations sur dépôts d’ossements ou sur foyers constituant des faits archéologiques.

C’est surtout dans le domaine des publications que des efforts particuliers doivent être faits. Tout d’abord, l’évaluation des publications est particulièrement difficile en raison du recensement des publications dans le bilan scientifique régional qui est loin d’être exhaustif et qui gagnerait à être réalisé en commun avec les laboratoires de recherches qui établissent leur propre recensement. Surtout le décalage entre le volume d’opérations et la diffusion des résultats et des données est particulièrement préoccupant. De très nombreuses fouilles des années 80 et 90 (mais aussi antérieures) n’ont jamais fait l’objet de réelles publications. Il conviendrait sans doute d’aider à la réalisation des études nécessaires à ces publications sous la forme d’opérations de publications programmées comme le propose A. D’Anna. La situation est encore plus alarmante si on considère le nombre d’opérations particulièrement préventives qui ne font l’objet que d’une notice dans le BSR, voire d’aucune publication, ni mention. La diffusion des données et des résultats mérite dans tous les cas d’être discutée dans les prochaines années afin de trouver des solutions rapides.

Enfin, à l’occasion de la réalisation de ce petit bilan, de nombreuses incohérences, erreurs ou omissions ont pu être observées dans la base patriarche. Une grande partie de ces problèmes pourrait être résolue en consultant tout simplement le responsables des opérations enregistrées.
Réalisé en mai 2005 dans le cadre des activités de l’UMR 6636 ESEP (Aix-en-Provence) à la demande du Service Régional de l’Archéologie de PACA.
Rapport remis en juin 2005 avec les listings d'opérations et de publications annexés.

Le site néolithique final de La Fare

(Forcalquier, Alpes-de-Haute-Provence).

Résultats 1995-1999 et révision chronoculturelle


LEMERCIER O., CAULIEZ J., FURESTIER R., MULLER A., BOUVILLE C., CONVERTINI F., GILABERT C., JORDA M., KHEDHAIER R., LAZARD N., LOIRAT D., PELLISSIER M., PROVENZANO N., VERDIN P.


Publié initialement :


LEMERCIER O., CAULIEZ J., FURESTIER R., MULLER A., BOUVILLE C., CONVERTINI F., GILABERT C., JORDA M., KHEDHAIER R., LAZARD N., LOIRAT D., PELLISSIER M., PROVENZANO N., VERDIN P. (2004) – Le site Néolithique final de La Fare (Forcalquier, Alpes-de-Haute-Provence) résultats 1995-1999 et révision chronoculturelle, in : DARTEVELLE H. (Dir.) : Rencontres Méridionales de Préhistoire Récente, 5e session, Clermont-Ferrand, 2002, Archéologie du sud-ouest, 2004, p. 445-455.



Résumé :

Le site de La Fare est un établissement perché sur un grand éperon de la région de Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence). Occupé de la fin de la Préhistoire jusqu'à l'époque contemporaine, il a livré les vestiges de deux occupations du Néolithique final datables du troisième millénaire avant notre ère. La première occupation, attribuée à la charnière quatrième/troisième millénaire (groupes Couronnien, Fraischamp, Ferrières), présente un système d'enceintes complexe et plusieurs grandes structures. La seconde occupation, rattachée au groupe Rhône-Ouvèze montre un habitat ouvert et la présence d'une sépulture individuelle à mobilier campaniforme. Elle peut être datée du milieu du troisième millénaire. Après une première note d'actualité sur les campagnes 1991-1993, présentée lors des premières Rencontres Méridionales de Préhistoire Récente (Valence, 1994), cet article propose une révision chronoculturelle du site alimentée par les résultats des campagnes de fouilles 1995-1999 et les premières études réalisées sur le mobilier.


1. Introduction



1.1 . Historique des recherches


Le site de La Fare, sur la commune de Forcalquier, dans les Alpes-de-Haute-Provence, a été découvert dès le début de XXe siècle. Mentionné par M. Deydier dans ses notes puis par V. Cotte (Cotte 1924), il n’a cependant fait l’objet que de ramassages sporadiques pendant près d’un siècle (Druelle 1986). Partiellement détruit en 1984 par l’implantation d’un réservoir d’irrigation (Courtin 1984), le site a été sondé en 1987 par A. Müller pour évaluer l’impact de l’implantation prévue d’un second réservoir. Une fouille de sauvetage a eu lieu en 1991-1992 sous la direction de O. Lemercier et A. Müller et l’opération s’est poursuivie sur les terrains adjacents en fouilles programmées en 1993 et de 1995 à 1999 sous la direction de A. Müller, O. Lemercier et R. Furestier.


Figure 1 : Localisation du site de La Fare (Forcalquier, Alpes-de-Haute-Provence) dans le sud-est de la France.



Les premiers résultats de la fouille préventive puis programmée du site ont été présentés dans le cadre des premières Rencontres Méridionales de Préhistoire Récente, à Valence en 1994 (Lemercier 1999) et la fouille de la sépulture individuelle à mobilier campaniforme a fait l'objet de plusieurs articles d'informations (Lemercier 1998a, 1998b, 1998c, 2002, Müller 1994, 1998).
Cette note a pour but de présenter les résultats des campagnes de fouille 1995-1999 intégrés à une révision chronoculturelle des deux principales occupations reconnues pour la fin du Néolithique, à partir de plusieurs études universitaires engagées ces dernières années.


1.2. Situation


Le site de La Fare est implanté dans un secteur de passage important entre la moyenne vallée de la Durance et celle du Calavon qui rejoint les plaines rhodaniennes par le pied nord du Luberon (fig. 1). Il occupe le sommet d'un grand promontoire de molasse miocène de plus de 2 kilomètres de longueur pour 200 à 300 mètres de largeur. L’éperon domine deux vallées et présente à son extrémité des escarpements de 3 à 5 mètres de hauteur qui couronnent un talus très pentu d’une centaine de mètres de dénivelé (fig. 2).

Figure 2 : Topographie de l'éperon et implantation archéologique. (DAO O. Lemercier).


Cette implantation en situation de perchement absolu est importante par la forme de l'éperon lui même qui est très remarquable dans le paysage. Un second éperon, jumeau et parallèle "La Bombardière" sur l'autre rive de la vallée de la Leche, a livré des vestiges du Néolithique final.
Le site de La Fare est, par ailleurs, le principal site de la fin du Néolithique fouillé dans le secteur, à proximité des importants gîtes de silex oligocène du bassin de Forcalquier.


1.3. Les occupations humaines et leur implantation

Le site a connu une succession d’occupations au Néolithique final, à l’âge du Bronze, à l’âge du Fer et dans l’Antiquité. Les occupations de la fin du Néolithique ont été reconnues sur une surface importante de la partie sommitale de l’éperon. La zone fouillée depuis 1991 concerne une partie de ce vaste ensemble, située à l’extrémité de l’éperon, bien détachée à cette époque par la présence d’un vallon (actuellement comblé) qui entaille sa bordure ouest à cent mètres du sommet.
L’extrémité de l’éperon a subi les effets de l’érosion et seules les structures excavées ont été partiellement conservées. Leur niveau d’ouverture initial a, le plus souvent, disparu. Certains indices géoarchéologiques et la nature de plusieurs structures anthropiques indiquent cependant que le recouvrement initial n’était sans doute pas très important.
L’observation des structures, de leur nature, localisation et recoupement, ainsi que du mobilier archéologique mis au jour permet de distinguer deux occupations distinctes du site au Néolithique final.
La première occupation est marquée par des aménagements importants et un mobilier archéologique très abondant, dont l’étude n’est qu’ébauchée à ce jour. Elle peut être attribuée à la charnière entre le quatrième et le troisième millénaire et rapprochée du Néolithique final de la basse et moyenne Provence. La seconde occupation est rattachée au groupe Rhône-Ouvèze qui montre sans doute l’impact culturel de l’influence du groupe languedocien de Fontbouisse sur la culture régionale couronnienne, dans un contexte marqué par la diffusion des premiers objets campaniformes.


2. La première occupation du Néolithique final


2.1. Les structures (fig. 3)


2.1.1. Les enceintes


La première occupation de l’extrémité de l’éperon, au Néolithique, est marquée par la présence d’un système complexe d’enceintes qui semble avoir connu plusieurs états d’aménagement et de transformation.

Une première enceinte barre grossièrement le plateau, à une cinquantaine de mètres de son extrémité. Elle est constituée d’une série de tronçons de fossés peu profonds, ménageant des passages. Le fossé suivi sur plus de 100 mètres de développement et large de 2 à 3 mètres n’est conservé, selon les secteurs, que sur 30 cm à 1 mètre 20 de profondeur, ce qui en fait une structure très modeste. Il était sans doute bordé à l’intérieur par un mur dont les vestiges se trouvent effondrés en plusieurs points dans le fossé lui-même.

Une seconde enceinte s’appuie sur la première, dans la partie occidentale du site et se développe vers le sud. Elle est, elle aussi, constituée de tronçons de fossé mais se double à l’intérieur par les traces d’une triple palissade. Le développement de cette enceinte a été en grande partie détruit par les occupations protohistoriques et antiques ainsi que par les constructions récentes. Une structure évoquant un tronçon de fossé, mise au jour dans une tranchée exploratoire au sud du site, pourrait correspondre au prolongement de cette enceinte, s’il ne s’agit pas d’un autre ensemble.

L’une des particularités de ce système d’enceintes est d’avoir été transformé, à un moment donné et d’une façon globale. Selon nos observations, les fossés ont été systématiquement rebouchés et remplacés par des palissades. Ce nouvel état qui présente un plan strictement identique au précédent, devait présenter un aspect très différent.

Une série d’aménagements montre l’existence de quatre zones de passage à travers l’enceinte, dans sa partie conservée. L’un de ces aménagements, décalé un peu vers l’est par rapport à l’axe du plateau, se compose de tranchées d'implantation de palissade. Il s’étend sur plus de 200 m2 au sol et correspond sans doute à un système de porte monumentale.

Figure 3 : Plan des structures attribuées à la première phase d'occupation du Néolithique final.
(DAO C. Gilabert et O. Lemercier).



2.1.2. Les autres structures

Sans développer ici la question de la fonction des enceintes, un fait peut cependant être établi : ces enceintes ne sont pas vides.

Dans le faible espace conservé, à l’intérieur de l’enceinte sud, plusieurs fosses et autres structures non directement liées aux enceintes ont été mises au jour. Les deux principales se composent d’une grande excavation réalisée par le creusement de plusieurs cuvettes qui se recoupent. Leur étude est encore inachevée mais l’une d’elles présente des niveaux horizontaux de blocs de pierre et de bûches carbonisées correspondant à des vestiges de construction.

La partie centrale du plateau, à l’intérieur de l’enceinte principale a livré de nombreuses structures. Si l’essentiel de celles-ci est à attribuer à une occupation postérieure du site, une série de fosses et deux ensembles de structures sont contemporains des enceintes. Ces deux ensembles se composent de plusieurs tranchées disposées en faisceaux (pointes au sud, vers l’enceinte) qui ont pu être fouillées sur plus de 25 mètres de longueur et se poursuivent vers le bord du plateau au nord, à l’extérieur du décapage.

Les tranchées qui composent ces structures sont irrégulières et comprennent de nombreux calages de poteaux. Leur remplissage a livré un mobilier très abondant et fragmenté dominé par des fragments de torchis brûlés, parfois pluridécimétriques. Ils présentent des empreintes de clayonnage et des surfaces lissées. Ces longues structures excavées semblent donc correspondre aux fondations de grandes constructions de bois et de terre dont la nature et la fonction demeurent inconnues.


2.2. Le mobilier archéologique


2.2.1. La céramique



La série attribuable à la première occupation présente toutes les gammes de vaisselle des petits récipients aux grandes jarres. Les formes sont généralement simples, dérivées de la sphère et du cylindre, et les fonds sont ronds.


Les décors sont rares. Sur les petits vases il s’agit essentiellement de pastillage au repoussé et de rares cas d’incisions dont un présente un motif en épi. Sur les grands vases et les jarres, il s’agit de cordons lisses, horizontaux, le plus souvent uniques et situés sous le bord. Des cordons lisses situés sur la panse sont présents. Le décor de gros pastillage appliqué, peu soigné est remarquable sur des jarres de grandes dimensions. Il s’associe à des cordons lisses, des barrettes de préhensions horizontales ou verticales et des anses en ruban.


2.2.2. L’industrie lithique taillée


Seul un échantillon représentatif de l'industrie lithique taillée du site a pu être étudié à ce jour. Son étude témoigne en premier lieu de la difficulté de caractérisation des industries lithiques du Néolithique final vis-à-vis des industries des périodes précédentes. Pour les Alpes-de-Haute-Provence, seul le site de La Ponchonière à Aubignosc offre des comparaisons possibles. Néanmoins, quelques aspects technologiques sont observables. Les matières premières mises en œuvre sont majoritairement locales. La vallée du Largue voisine (moins de 10 km à l'ouest de Forcalquier) en est la source pour plus de 70%. Il s'agit d'un silex oligocène brun rubané exploité principalement pour la production d'éclats de toutes tailles et généralement débités à la pierre dure. Mais ce silex est surtout connu pour son utilisation dans la chaîne opératoire de production de grandes lames exportées durant toute la fin du Néolithique (Renault 1998). Ces célèbres grandes lames débitées, pour certaines, à la pression au levier, sont souvent utilisées comme support pour les lames à bords abattus typiques du Néolithique final.


Le reste de l'outillage présente une bonne diversité de grattoirs, burins, perçoirs, armatures… pour lesquels l'éclat est plus souvent le support que la lame. Les armatures sont généralement foliacées, quelques fois sublosangiques ou lancéolées… plus rarement pédonculées, et exceptionnellement tranchantes. La retouche ne semble pas être différenciée, et tous les types présentent des niveaux d'investissement divers.

Un élément inédit est apparu au sein de l'échantillon étudié, lors d'une analyse tracéologique conduite par Rym Khédhaier. Il s'agit d'un fragment mésial de lame assez fruste en silex oligocène brun rubané portant un lustré important sur un de ses bords. L'analyse a mis en évidence une série de stigmates caractéristiques du travail de dépiquage de la paille à l'aide d'un tribulum. Cette hypothèse fonctionnelle a été confirmée par l'analyse des phytolithes contenus dans des fragment de torchis mis au jour à proximité de l'élément de tribulum, dans les structures "en faisceaux" de la première phase d'occupation. Ces phytolithes présentent en effet une morphologie caractéristique du dépiquage au tribulum qui a déjà été observée en expérimentation. Ces découvertes conjuguées constituent une première puisque les traces les plus anciennes de cette activité agricole en Europe occidentale étaient localisées en Espagne, et datées de l'âge du Bronze. Rattachées aux structures linéaires de la phase ancienne d'occupation du site, elles relancent le débat concernant la diffusion de cette technique agricole originaire du Proche-Orient (Khédhaier à paraître).


2.2.3. L’industrie lithique polie


Une centaine d’objets lithiques polis a été récoltée. Plus de la moitié ont été ramassés en surface lors des décapages. L'essentiel des objets découverts en stratigraphie provient des fossés d'enceinte et des grandes structures excavées attribuées à la phase ancienne d'occupation. Les déterminations macroscopiques ont mis en évidence une grande majorité de métabasite à glaucophane suivie par des éclogites et d’autres roches vertes (serpentinites, etc…) que l’on trouve dans les alluvions de la Durance, située à une quinzaine de km au sud-est du site.

Seules 24 lames sont entières ou légèrement ébréchées, les 65 objets restant se répartissent équitablement entre les fragments de talon, de tranchant et de corps. La majorité des cassures est parallèle au tranchant, mais certains outils possèdent une cassure oblique ou longitudinale, le restant étant des fragments. Sur les 24 outils entiers, 14 sont, selon la typologie conventionnelle, des haches, 7, des herminettes et 4, des marteaux. Les lames ont des formes générales variées avec une prédominance pour la forme trapézoïdale. Les sections sont aussi diverses et le plus souvent dissymétriques. Les faces sont majoritairement biconvexes, mais des faces plano-convexes et planes sont présentes. Les côtés sont convexes symétriques et dissymétriques ou convexes rectilignes. Les tranchants sont fréquemment convexes vus de face. Quatre seulement ont un tranchant rectiligne. Les talons intacts possèdent une convexité plus ou moins prononcée.
Le nombre trop faible d’outils déterminés ne permet pas d’attribuer des critères précis en fonction des types. Les herminettes se différencient des haches principalement par le tranchant qui, vu de profil, est dissymétrique et par un indice d’aplatissement plus élevé, ce qui correspond à une section plus plate due à la forme des faces (plano-convexe).

Ces objets sont de petites tailles. La plupart ont une longueur comprise entre 35 et 65 mm. Cinq ont une longueur supérieure à 73 mm. Ce sont des haches, un marteau et deux ébauches. L’épaisseur mésiale est comprise en majorité entre 7 et 29 mm et la largeur distale entre 35 et 65 mm.


2.2.4. L’industrie sur matières dures animales


L'industrie sur matières dures animales est représentée par 134 outils qui ont pu être étudiés. Il s’agit d’une industrie de petit module et le faible investissement technique est notable. Les supports sont des esquilles et des os fendus. Il s’agit d’ossements d’animaux domestiques (le Mouton essentiellement et, pour les objets tranchants, le Bœuf) et parfois de Lapin et de cervidés.


Typologiquement, ce sont des objets perforants à plus de 80 % et des biseaux pour le reste. Les autres objets sont rares.

Plus de 70 objets proviennent de structures de la phase ancienne. Il s’agit d’objets perforants sur os entiers (tibias de lapin et de caprinés), de pointes sur esquilles peu ou pas régularisées et de doubles pointes. Les objets biseautés sont variés, sur os entier ou sur baguette. Ils sont généralement tranchants et robustes.


2.2.5. Les parures


Les éléments de parure sont bien représentés et surtout très diversifiés. L'essentiel est à attribuer à la première phase d'occupation et provient des fossés d'enceinte, des grandes structures excavées et des structures en tranchées.

Il s'agit de perles discoïdes en roche grise ou verte, non déterminée, d'une perle sphérique en roche verte, d'une perle en griffe ou en crochet en roche verte, d'une pendeloque à encoche en cristal de roche et d'une autre perforée en quartz hyalin, de coquillages (Columbella rustica et dentalium, de perles en os et de pendeloques sur canines perforées (de Renard et de Chien). Une perle à renflement médian en tôle de cuivre provient du fossé de l'enceinte principale.

Plusieurs pendeloques et perles segmentées en os dont un élément de grande taille, une perle à pointe, une perle à ailettes et une coquille de bivalve perforée ne sont pas encore attribuées à une phase d'occupation.


2.2.6 Le matériel de meunerie


Le matériel de meunerie est présent sur le site avec des meules, des molettes et des broyeurs principalement en molasse gréseuse locale mais aussi en matériaux allochtones.



2.2.7 Les restes archéozoologiques


La faune a fait l’objet d’une première étude sur 4500 fragments provenant d’une des grandes structures de l’enceinte sud. Les deux tiers des restes déterminés sont attribuables à des petits ruminants, ou dominent le Mouton puis la Chèvre. Le Bœuf et le Porc sont moitié moins nombreux.


Les espèces chassées, rares, sont présentes avec le Cerf, et le Sanglier. Beaucoup plus rares, des carnivores domestiques et sauvages, des lagomorphes et un oiseau complètent le spectre faunique.


2.3 Comparaisons et commentaires


Le premier élément d'intérêt, pour cette phase d'occupation, est le système d'enceintes qui reste sans équivalent connu en Provence. Les sites couronniens ceinturés de basse et moyenne Provence présentent systématiquement des aménagements en pierre sèche et non fossoyés. Le fait même du site ceinturé est en revanche comparable et participe au même processus qui semble disparaître dans les phases plus récentes du Néolithique final puisque aucune implantation rhône-ouvèze ou campaniforme ne présente, à ce jour, ce type d'aménagement, en Provence. Il faut attendre le début du Bronze ancien (Barbelé de tradition campaniforme) pour voir reparaître des enceintes d'un type, par ailleurs, très différent.

La céramique, par sa morphologie, les types de préhensions et les rares décors qu'elle présente, fait référence régionalement au groupe Couronnien. Plusieurs éléments renvoient cependant au groupe du Fraischamp ou à la rive droite du Rhône à différents faciès apparentés au groupe de Ferrières avec la présence de décors incisés fins, de décors incisés de chevrons superposés disposés en épis et des décors de gros pastillage appliqué.

La synchronie, partielle ou complète entre le groupe Couronnien et le groupe de Ferrières a pu être proposée à plusieurs reprises et l'association de mobilier faisant référence aux deux styles peut être soupçonnée pour certains sites comme celui d'Escanin aux Baux-de-Provence (Bouches-du-Rhône), selon les observations de R. Montjardin (Montjardin 1966, 1970). Cette sphère d'influence ou de convergences stylistiques observable en Provence rhodanienne et en Haute-Provence ne semble pas s'étendre jusqu'aux sites couronniens de Martigues, et la parenté entre le Couronnien de Basse Provence (Lemercier à paraître a) et celui de La Fare ne se révèle que pour une partie de la série céramique.

L'étude de l'industrie lithique ne permet pas encore de tirer de réelles conclusions sur les traditions techniques et la typologie complète des outillages présents, mais les premières remarques indiquent que cette industrie présente une tradition ancienne ancrée dans le Néolithique moyen et/ou le Néolithique récent. L'outillage en matières dures animales semble lui aussi se distinguer nettement des séries étudiées sur les sites couronniens de Basse Provence.

Cet ensemble est sans doute à dater de la charnière entre le quatrième et le troisième millénaire, entre le 32e et le 30e siècle avant notre ère (fig. 5).

Remarquons enfin, pour cette phase, une connexion possible entre les céramiques apparentées au style de Ferrières et le secteur géographique des gîtes de silex oligocène du bassin de Forcalquier : deux éléments qui semblent se diffuser du Midi jusque vers le centre-est et l’est de la France et jusqu'en Suisse (Honegger 2002).


3. La seconde occupation du Néolithique final


La seconde phase d’occupation du site a pu être définie par une série de recoupements de structures. Il s’agit de fosses qui ont été creusées alors que les fossés et les tranchées étaient déjà rebouchés.



3.1. Les structures (fig. 4)


Les structures attribuables à cette occupation sont nombreuses mais de dimensions réduites. Aucun système de clôture, attribuable à cette phase, n’a pu être observé dans la surface fouillée et sondée. Les vestiges se répartissent au centre du plateau et semblent occuper une surface plus réduite que les grands aménagements antérieurs.


Les structures mises au jour sont de plusieurs types :

- Des fosses, de dimensions et de morphologie variables. Une seule fosse présente un profil en cloche partiellement conservé.

- Des structures en cuvette remplies de pierres et de blocs hétérométriques de nature diverses, n’ayant pas subi systématiquement l’action du feu, qui se répartissent en plusieurs ensembles d’orientation préférentielle.

- Des trous de dimensions réduites parfois associés à des calages et de petites cuvettes carrées présentant un dallage de pierre soigné.


Figure 4 : Plan des structures attribuées à la seconde phase d'occupation du Néolithique final. (DAO C. Gilabert et O. Lemercier).




3.2. Le mobilier archéologique


3.2.1. La céramique


L’assemblage céramique issu de ces structures se compose de deux catégories de récipients : les récipients à contour simple et les récipients à contour complexe caréné.


Les vases à contour simple sont majoritaires et de formes diverses. Les éléments de préhension sont rares mais variés : mamelons allongés et prismatiques, anses en ruban, anses en demi-bobine et prises plates. Les vases portent, en revanche, de nombreux éléments plastiques : cordons continus lisses rectilignes et boutons hémisphériques ou prismatiques.

Les récipients à contour complexe caréné représentent un quart du corpus. Ils sont essentiellement à ouverture rétrécie et les carènes sont majoritairement vives et basses. Ils présentent de rares éléments de préhension : anses en demi-bobine ou anses à arc coudé et à ensellement médian rattachées au-dessus de la carène.

Les éléments plastiques sont peu nombreux. Il s’agit de boutons prismatiques ou hémisphériques, soit placés au milieu de la panse et au-dessus de la carène, soit rattachés au-dessus de la carène.

Des décors de boutons disposés en ligne horizontale, de multiples cordons courts verticaux et de cannelures en chevrons sont notables. Ils se placent toujours au dessus de la carène. Sur des fragments de panse, d’autres éléments décoratifs ont été reconnus. Il s’agit d’impressions placées sur la surface de la lèvre, d’impressions de points disposées en lignes, de pastillage au repoussé, de décors complexes de cannelures, de traits parallèles incisés et de cordons digités.

A ces premiers éléments étudiés, on peut sans doute ajouter le mobilier de plusieurs structures qui ont livré des éléments complémentaires. Il s’agit de fragments de grands vases à cordons lisses multiples couvrant la panse, et de cordons "non rectilignes" malheureusement représentés sur de petits fragments.

Enfin, sous réserve de la poursuite de l’étude, c’est sans doute à cette phase d’occupation que sont à rapporter les fragments de 7 à 8 coupes polypodes à base pleine ou annulaire.


3.2.2. L'industrie lithique taillée

Concernant l'industrie lithique, seuls des ensembles réduits correspondant aux structures calées chronologiquement par la céramique ont pu être étudiés. Les constats établis en restent donc très provisoires.

Néanmoins, on peut remarquer qu'aucun changement n'est observé en ce qui concerne l'approvisionnement en matières premières. L'outillage ne semble pas non plus témoigner d'une rupture avec la phase précédente. En revanche, les débitages laminaires et lamellaires apparaissent moins développés qu'auparavant.


3.2.3. L'industrie lithique polie


L’outillage lithique poli est représenté par plusieurs lames de haches qui ne se distinguent pas de celles de l’occupation précédente.

C’est, en revanche, à cette phase que sont à attribuer l’essentiel des 14 polissoirs ou fragments mis au jour. La matière première utilisée est une molasse gréseuse qui affleure en banc sur le site. Un réactif à la métabasite à glaucophane à révélé au microscope la présence de cette roche sur des prélèvements de ces polissoirs et permet d’affirmer que ces blocs de molasse ont bien été utilisés pour polir des lames de roche verte.

Ils sont d’une taille et d’un poids qui permettent de les transporter aisément (8 à 10 kg). Leur longueur moyenne est de 30 cm pour une largeur de 20 cm et une épaisseur de 10 cm. Un seul atteint les 45 cm de long. Leur forme générale est ovale à rectangulaire. Certains ont été utilisés sur les deux faces.


3.2.4. L'industrie sur matières dures animales


L’industrie en matière dure animale comprend quelques objets. Il s’agit de pointes sur esquilles ou fragments osseux et d’outils sur os entiers (tibia de Lapin et de caprinés) et de deux biseaux.



3.2.5. Les parures


Les éléments de parure sont peu nombreux. Outre le mobilier de la sépulture (une bobine en os poli et une perle segmentée en os), une perle allongée en calcite provient d'une structure empierrée.



3.2.6. Le matériel de meunerie


Comme pour la phase précédente, le matériel de broyage et de meunerie est bien attesté dans diverses structures.



3.2.7. Les restes archéozoologiques


Les premiers décomptes archéozoologiques montrent que les petits ruminants et particulièrement le Mouton sont toujours majoritaires suivis par les suidés et les grands ruminants. Le Chien est bien représenté et l’une des fosses montre une concentration de lagomorphes. L’Ours est attesté par un unique reste.


3.3. Attribution chrono-culturelle, comparaisons et commentaires


3.3.1. Retour sur la sépulture à mobilier campaniforme



La sépulture à mobilier campaniforme, mise au jour en 1991-1992, a livré un mobilier funéraire composé d'une lame de poignard en cuivre, d'un objet en os poli en forme de bobine, d'un gobelet campaniforme caréné à décor mixte (peigne et cordelette) et de deux gobelets inornés. Le calage chronologique de cette sépulture au sein de la séquence locale a posé quelques problèmes. La localisation de la tombe nous avait initialement conduit à la mettre en relation avec l'enceinte principale et donc avec la première phase d'occupation du site. La poursuite de la fouille et l'analyse des séries archéologiques de la tombe et des autres structures du site nous ont montré que cette sépulture était a attribuer, en réalité, à la seconde phase d'occupation.


Les deux gobelets inornés de la tombe font référence, par leur morphologie, à des vases du site de Claparouse (Lagnes, Vaucluse), attribués au groupe Rhône-Ouvèze (Müller 1986, Cauliez 2001) qui sont associés à des gobelets à carène basse comparables à ceux de la seconde phase d'occupation du site de La Fare. Des analyses pétrographiques ont été entreprises afin de déterminer la parenté entre les vases de la sépulture et ceux des occupations "domestiques" du site.

Outre les deux vases inornés et le gobelet décoré de la sépulture, dix-huit autres céramiques recueillies sur le site ont été étudiées. Il s’agit de six vases issus d'une fosse de l’occupation récente, de six vases provenant de la structure excavée de l'enceinte sud qui est une cuvette ayant livré du mobilier ancien contemporain de celui des enceintes et enfin de six vases recueillis dans le fossé de l’enceinte principale correspondant à la phase ancienne d’occupation. Ces dix-huit vases correspondent à des céramiques fines et moyennes choisies afin d’être comparées aux poteries de la sépulture.

La nature pétrographique des argiles employées, la plupart du temps locales, pour la confection des deux vases inornés de la sépulture est identique à celle des ressources utilisées pour la fabrication des vases Rhône-Ouvèze. Le mode d’approvisionnement en matières premières et le type de gîtes exploités impliquent une production réalisée dans un laps de temps réduit par les mêmes individus Rhône-Ouvèze et non par des groupes différents. Ensuite, la totale absence de carbonate pilé dans ces deux vases tout comme dans les vases de la phase récente, et contrairement à la majorité des poteries de la phase ancienne, montre encore une étroite parenté dans le traitement “culturel” des céramiques.

Le vase décoré campaniforme présente, lui, un cortège minéralogique compatible avec les données régionales, mais se démarque des autres céramiques analysées par la présence de chamotte dans sa pâte, signe distinctif de la production campaniforme qu’elle soit décorée ou non.

Au sujet de la sépulture à mobilier campaniforme, rappelons que C. Bouville a mis en évidence la présence d'un corps étranger dans le coude gauche de l'individu inhumé correspondant à une blessure n'ayant pas entraîné la mort. Une nouvelle datation de la sépulture, directement sur os humain, est par ailleurs actuellement tentée au laboratoire de Groningen (Pays-Bas).


3.3.2. Comparaisons et commentaires


Sur la base de comparaisons réalisées avec la céramique de sites provençaux du Néolithique final (Cauliez 2001, 2002), c’est avec la céramique du groupe Rhône-Ouvèze que la céramique de la seconde phase d'occupation de la Fare présente le plus d’affinités morpho-typologiques, notamment dans la présence de ces vases à carènes parfois décorés de cannelures. Les sites de la Plaine des Blancs (Müller 1986) ou du Mourre du Tendre (Courthézon, Vaucluse), de Claparouse (Lagnes, Vaucluse) (D'Anna 1995a et b) et des Barres (Eyguières, Bouches-du-Rhône) (Barge 2000) livrent de la céramique très similaire.


Parallèlement, les récipients à contour simple de la Fare proposent des caractéristiques morpho-typologiques communes à la céramique de la culture couronnienne, telle qu’elle se manifeste sur les sites du Collet-Redon (La Couronne, Martigues, Bouches-du-Rhône), de Ponteau-Gare (Martigues, Bouches-du-Rhône), des Fabrys (Bonnieux, Bouches-du-Rhône), de la Citadelle (Vauvenargues, Bouches-du-Rhône), des Martins (Roussillon, Bouches-du-Rhône) ou encore des Lauzières (Lourmarin, Vaucluse) (D'Anna 1995a et b, Lemercier à paraître a). Dans la mesure où la première phase d’occupation du site est rattachée au groupe Couronnien, la présence dans la deuxième phase d’occupation de ces formes très couronnoïdes pose la question de l’implantation du groupe Rhône-Ouvèze à la Fare sur un substrat local couronnien.

Par ailleurs, sur le site, les analogies morphologiques et pétrographiques déterminées entre les vases d'une fosse Rhône-Ouvèze et les vases inornés de la sépulture à mobilier campaniforme tendent à suggérer que les récipients découverts dans la sépulture peuvent être assignés au domaine du Rhône-Ouvèze.

Cette observation nourrit l’hypothèse de l’intégration du Campaniforme en Provence dans les cultures locales et plus particulièrement au sein du groupe Rhône-Ouvèze (ou les faciès apparentés au groupe de Fontbouisse) (Lemercier 2002). Des observations du même type ont pu être faites sur le site d’Escanin 2 (Baux-de-Provence, Bouches-du-Rhône), du Fortin-du-Saut (Châteauneuf-les-Martigues, Bouches-du-Rhône), des Calades (Orgon, Bouches-du-Rhône), des Barres (Eyguières, Bouches-du-Rhône) ou de la Balance et de la Place du Palais (Avignon, Vaucluse).

En terme de datation, la présence de la sépulture à mobilier campaniforme indique que l'occupation est à rapporter au milieu du troisième millénaire avant notre ère, autour du 26e siècle en chronologie calibrée (fig. 5).


Figure 5 : Essai de périodisation des principales cultures de la fin du Néolithique dans le sud-est de la France et place chronologique des occupations du site de La Fare. (O. Lemercier)


Il demeure plus difficile, en l'état des études, d'avancer des comparaisons pour les autres types de mobilier. Les comparaisons entre les deux phases d'occupations pour les différentes industries (lithiques, osseuse) etles parures permettront sans doute de mieux caractériser ce faciès haut-provençal du groupe Rhône-Ouvèze et d'envisager la nature de ses relations avec la Basse-Provence et avec la région rhodanienne d'où proviennent des influences fontbuxiennes notables.

La nature même de l'occupation du site demeure à comprendre. La présence de nombreuses fosses et cuvettes et de rares silos associés à des groupes de structures empierrées dont la fonction nous échappe, fait référence à une occupation domestique. Mais l'absence de structure architecturale observable et la présence en périphérie de l'implantation d'une sépulture en fosse sous tertre présentant un accès (Lemercier à paraître b) - strictement synchrone aux structures domestiques - posent des problèmes d'interprétation.


Conclusions provisoires et perspectives


Le site de La Fare est l'un des rares sites de la fin du Néolithique à avoir fait l'objet d'une fouille d'ampleur en Haute-Provence, avec l'important établissement de la Ponchonière à Aubignosc (Müller et al. 1990). Dans le même secteur, le site des Bérards à Lurs n'a été étudié qu'à travers des sondages. Le site du Champ du Roi à La Brillanne n'a fait l'objet que d'une modeste fouille préventive conduite par A. Hasler comme celui de Pavoux-Lombard à Sigonce et les autres sites (Le plan des Aires et La Bombardière à Forcalquier ou les sites des communes de Mane et de Saint-Michel l'Observatoire) ne sont connus que par des ramassages, le plus souvent, ou des sondages.


En rive gauche de la Durance, c'est la quasi-absence de sites connus qui est actuellement remarquable, les cavités du Verdon ne semblant pas ou rarement occupées entre le Néolithique moyen et le Campaniforme récent de style Rhodano-Provençal. Un vase à carène basse de style Rhône-Ouvèze a cependant été observé dans les séries de la grotte de l'Eglise à Baudinard (inédit) et quelques sites sont mentionnés autour du Verdon et de la Bléone, mais ces découvertes demeurent rares.

Les deux occupations proposent des vestiges parfois inédits et des problématiques spécifiques qui sont actuellement développées. La première phase retient particulièrement l'attention avec son système d'enceintes monumentales fossoyées et palissadées. Pour la seconde occupation, c'est la présence d'une sépulture individuelle à mobilier campaniforme au sein d'un site indigène qui offre de nombreuses données inédites.

L'existence de deux occupations successives et discontinues sur le site doit permettre de documenter les cultures matérielles présentes et de mieux connaître ainsi, en confrontant les résultats à ceux des rares autres sites de ce secteur géographique, l'évolution culturelle de la fin du Néolithique en Haute-Provence.

Les deux occupations du site de La Fare renvoient à la partition chronologique générale (fig. 5) que nous avons pu proposer pour la Provence (Lemercier 2002), en adéquation avec la périodisation développée pour le Languedoc oriental (Gutherz 1995).

Par l'observation des relations et des convergences stylistiques entre les différents groupes culturels identifiés, il est possible de distinguer, après la transition du Néolithique récent, deux grandes phases dans le Néolithique final, avant l'apparition du Campaniforme. Une première phase du Néolithique final correspond au développement des cultures de Ferrières et du Couronnien, ainsi que des ensembles plus limités géographiquement comme le groupe du Fraischamp. Une seconde phase est principalement représentée par le groupe de Fontbouisse et son important rayonnement supra-régional marqué par une multiplication de faciès plus ou moins directement apparentés au groupe éponyme, comme en Provence avec l'apparition du groupe Rhône-Ouvèze.

C'est au sein de ce groupe Rhône-Ouvèze qu'apparaissent les premières occupations campaniformes, le long du Rhône et du littoral et les premières diffusions de gobelets vers l'intérieur des terres, comme cela peut être observé à La Fare.


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Il Campaniforme
nel sud-est della Francia


Olivier Lemercier[1]

Résumé du séminaire présenté à l'Université de Sienne (Italie) le 13 décembre 2001


Presentazione generale del contenuto del seminario


Si tratta di fare il punto sui lavori concernenti il Campaniforme nel sud-est della Francia. La presentazione si basa su uno studio realizzato nell’ambito di una tesi di Dottorato che sarà discussa a Aix-en-Provence nel mese di febbraio.

L’introduzione presenta per grandi linee il Campaniforme (definizione generale, distribuzione geografica, breve storia della ricerca e delle problematiche), il contesto geografico studiato: il sud-est della Francia (esaminato nel contesto più generale del Midi) e gli aspetti cronoculturali generali del periodo tra la fine del Neolitico medio e l’inizio dell’età del Bronzo.

La prima parte è consacrata alla storia delle ricerche, lo stato delle conoscenze e la problematica sviluppata in questa regione.

La seconda parte presenta un bilancio della documentazione sul Campaniforme, affrontando tutti gli aspetti della cultura materiale come i dati sugli abitati, le sepolture, i modi di vita (economia, gestione del territorio…). Questi dati sono in seguito esaminati in funzione dei loro contesti di ritrovamento, che permettono di proporre una seriazione dei differenti insiemi e delle loro relazioni con le culture locali della fine del Neolitico. Sono poi riportati nell’ambito più generale del Campaniforme in Europa al fine di esaminare l’origine dei diversi elementi.

La terza parte è consacrata all’interpretazione dei dati. Questi sono messi a confronto con le varie teorie proposte in Europa occidentale e viene proposto un modello interpretativo globale per il sud-est.



Riassunto della tesi che fa da supporto al seminario

Il Campaniforme, in senso stretto, definisce un boccale in ceramica cui profilo ad “S” dà una forma di campana rovesciata. Questo tipo di bicchiere è caratterizzato nello stesso tempo dalla decorazione molto particolare e dalla cura posta nella sua realizzazione. Per estensione, la decorazione di questo tipo di bicchiere ha permesso di qualificare come “campaniformi” altre forme ceramiche ed altre decorazioni dipendenti dalla stessa tradizione o da una evoluzione o riproduzione dei primi.

Il riconoscimento di questi oggetti e la loro definizione data al XIX secolo, con il termine di “campaniforme” in Spagna e in Portogallo, “caliciforme” in Francia, “drinking cup” e poi “bell beaker”in Gran Bretagna e “Glockenbecher” in Germania. Il termine Campaniforme, a poco a poco, ha sostituito quello di “caliciforme” in Francia, a partire dalla metà del XX secolo. Con l’aumentare delle scoperte, un insieme di materiale, “set” o “package” si è venuto a costituire con l’aggiunta successiva di alcuni oggetti caratteristici ritrovati in associazione alla ceramica campaniforme, come i bottoni perforati a “V”, le placchette perforate chiamate “brassards da arciere”, le armature di freccia a peduncolo e alette squadrate, alcuni tipi di parures come i pendagli a semiluna così come certe parures in oro e oggetti in rame come i pugnali a linguetta e le lesine losangiche a sezione quadrata. Queste scoperte effettuate essenzialmente in contesti funerari hanno condizionato per molto tempo la riflessione su questo fenomeno, interpretato come la diffusione di beni di prestigio legata a quella del rito della sepoltura individuale e riflettente una gerarchizzazione sociale in rottura con le “immagini egualitarie” delle società del Neolitico di cui il Campaniforme segna la fine.

A partire dalla definizione di questo “package” si possono fare due constatazioni, che hanno attirato l’attenzione di più generazioni di archeologi :

- l’apparizione molto rapida nel tempo, nel III millennio, e la diffusione molto vasta nello spazio, dal Marocco alla Polonia e dall’Irlanda alla Sicilia, di questi oggetti ;

- la scoperta di questi oggetti il più delle volte all’interno di tombe, per lo meno nelle fasi antiche, essendo gli abitati più rari ma presenti in alcune regioni e per le fasi recenti.


Dopo più di un secolo, il significato di questo fenomeno di portata continentale è stato esaminato in varie regioni d’Europa e sotto vari aspetti. In ogni modo, non è stato ad oggi trovato un accordo riguardo la natura e la stessa origine dei bicchieri. Le ricerche di questi ultimi anni sono orientate verso la definizione degli “universali” del Campaniforme, al fine di determinare ciò che è realmente identico nelle numerose regioni interessate e la natura del fenomeno stesso. Questi approcci si scontrano sistematicamente con la grande diversità e la disponibilità locale o regionale di dati molto variabile.

In opposizione a questi approcci geograficamente ampi, ma anche in vista di assicurare loro una base di dati dettagliata e accessibile, questo lavoro è stato concepito come una sintesi regionale concentrata su una regione da un lato di limitata estensione rispetto alla diffusone molto vasta del fenomeno e ciononostante molto ricca in testimonianze campaniformi, con più di 300 siti segnalati.


L’ambito geografico dello studio è stato definito dalla diffusione di uno stile particolare della ceramica campaniforme, chiamato stile rodano-provenzale . Limitata ad est e a sud dalle creste alpine della frontiera italiana e dal Mare Mediterraneo, questa regione si estende verso nord fino al corso dell’Isère e verso ovest fino alle pendici dei monti del Vivarais ed al Vidourle, che costituisce il limite sud-occidentale.

La scansione dello studio è costituita di tre tappe distinte. La prima è consistita nel raggruppare i dati, sotto forma di un inventario dei siti e poi di un catalogo che presentasse, per ogni sito, l’insieme dei dati disponibili. Questo catalogo ha permesso di realizzare un bilancio sulla documentazione del Campaniforme nel sud-est della Francia per ogni tipo di dato. Questi dati, ricollocati nel loro contesto cronologico e culturale della fine del Neolitico, in scala locale ed in scala europea, permetteranno di proporre uno schema spaziotemporale per la comparsa e lo sviluppo del Campaniforme nel sud-est. Questo schema spaziotemporale è confrontato con un modello protostorico che permette di proporre un’interpretazione del fenomeno.


La sintesi della documentazione e l’analisi dei contesti di rinvenimento permettono di osservare vari insiemi distinti in seno a questo Campaniforme.

Il sud-est della Francia presenta quattro differenti insiemi campaniformi. Questa ripartizione, stabilita inizialmente a partire dalla ceramica decorata, è confermata dall’analisi di altre categorie di dati e in particolare i tipi di ceramica comune e i contesti di rinvenimento. Le ceramiche decorate dello stile 1 (cordicella, AOO, internazionale e mista) non si presentano come insieme ceramico completo, ma come elementi poco numerosi e standardizzati (gobelets). Non sono associate a ceramica comune specifica e compaiono, il più delle volte, in contesti locali del Neolitico finale (abitati e sepolture). Non si conosce il loro luogo di produzione. Le materie prime possono essere regionali ma la loro realizzazione corrisponde a tradizioni tecniche specifiche. Gli oggetti “nuovi” associati, molto rari, sono metallici. Le ceramiche dello stile 1 possono ugualmente essere presenti in complessi in cui lo stile 2 è dominante. Le ceramiche decorate dello stile 2 (pointillé geometrico) mostrano una varietà di decori e morfologie caratterizzata dalla scarsa importanza dello standard atlantico e dalla presenza di forme basse. E’ presente ceramica fine non decorata. Le ceramiche dello stile 2 compaiono in siti poco numerosi ed essenzialmente localizzati geograficamente sulla riva sinistra della bassa valle del Rodano, dove sono associate a materiale riferibile ai gruppi di Fontbouisse e Rhône-Ouvèze. La ceramica comune è di tradizione locale rhône-ouvèze, ma si riconosce la presenza di tratti campaniformi. Si osservano trasposizioni tecniche tra le produzioni campaniformi (fabbricate localmente) e rhône-ouvèze e casi di mescolanza stilistica nell’ambito della ceramica decorata. Sono presenti altri elementi specifici come oggetti in metallo, parures e probabilmente uno strumentario litico. I siti mostrano spesso una topografia particolare. Sono conosciute abitazioni e sono rappresentate tutte le attività domestiche e agricolo-pastorali. Le rare sepolture sono collettive ed essenzialmente all’interno di cavità. Le ceramiche decorate dello stile 3 (incise, incise e stampigliate, pointillé complesso del gruppo Rodano-Provenzale) comprendono numerose morfologie tra le quali le forme basse sono molto importanti. Anche le decorazioni sono molto diversificate. Da osservare la presenza di motivi che imitano la decorazione barbelé. Sono associate a numerose ceramiche non decorate specifiche tra cui la ceramica comune caratteristica e formano complesso ceramico completo. Sono altrettanto specificamente campaniformi numerosi tipi di parure, oggetti metallici e l’industria litica. Questi complessi sono presenti in molti siti nell’area considerata. Nella maggior parte delle zone si tratta di siti omogenei che non mostrano alcun rapporto con gli elementi di tradizione locale. Nel Gard ed in alcuni siti rodaniani, d’altra parte, si può osservare l’associazione al campaniforme di alcuni oggetti di tradizione fontbouisse. I siti mostrano grande variabilità nell’impianto e architetture diverse nei vari settori. Sono rappresentate tutte le attività ed è possibile che alcuni siti siano complementari.. Le sepolture sono numerose e poco varie, ma sono utilizzati soprattutto i dolmen e le cavità naturali. La ceramica decorata dello stile 4 (incisioni e barbelé) è caratterizzata allo stesso tempo da una tradizione campaniforme e da specificità inedite concernenti le morfologie e la tecnica stessa con cui è ottenuta la decorazione. A questa è associata una ceramica comune, così come alcuni elementi specifici come oggetti in bronzo molto rari. I contesti sono essenzialmente omogenei, ma è frequente la presenza di vasi di stile 4 all’interno di siti del gruppo Rodano-Provenzale. Le tipologie di insediamento sono diversificate, ma frequenti sono i siti d’altura e talvolta associati ad opere di cinta che possono corrispondere a vere fortificazioni. La distribuzione dei siti ed il loro numero sono meno rilevanti che per il Campaniforme Rodano-Provenzale. Le sepolture sono soprattutto in cavità naturale, ma la sepoltura individuale, che forse non era mai scomparsa nel sud-est, sembra svilupparsi ora.

La comparsa del Campaniforme nel sud-est della Francia è ancora difficile da datare. Si colloca probabilmente intorno al 2500 a.C., forse un po’ prima, ma i dati cronologici attendibili sono ancora troppo scarsi. Abbiamo mostrato, in questo lavoro, la possibilità di una diffusione dei bicchieri campaniformi standard (stile 1) a partire da centri di diffusione molto localizzati ed attribuibili allo stile 2. Questi siti, costituiti da contesti domestici in cui sono integrati elementi campaniformi ed elementi della cultura rhône-ouvèze, sono rari e vedono sistematicamente associati scarsi elementi del tipo standard con una vera cultura materiale campaniforme. Lo stile 2 corrisponde all’insediamento di persone di origine straniera, ma in diretto contatto con le popolazioni indigene. La distinzione tra i due stili potrebbe quindi essere funzionale. L’ipotesi cronologica di una successione degli stili 1 e 2 non può tuttavia essere scartata. La diffusione dei vasi di stile 1 (standard) potrebbe corrispondere in questo caso ad una prima diffusione molto puntuale – dei contatti – senza reale dislocazione di genti di origine alloctona. Le manifestazioni del gruppo Rodano-Provenzale (stile 3) sono probabilmente decisamente posteriori alla fase precedentemente descritta, a partire dal 2400 a.C. Lo sviluppo di questo gruppo procede, almeno parzialmente, da un’evoluzione del Campaniforme pointillé geometrico. Alcuni elementi di questa cultura indicano che non si può trattare di un semplice sviluppo locale e che si verificano contatti continuativi con altre regioni, mentre altri, nuovi, vengono stabiliti. Il gruppo Rodano-Provenzale rimpiazza le culture locali sulla riva sinistra del Rodano e si stabilisce nel Gard, mentre il gruppo Fontbouisse continua ad esistere, come testimonia la presenza di materiale campaniforme in contesti Fontbouisse e viceversa, così come un caso di commistione stilistica sullo stesso vaso[2]. Il gruppo barbelé, le cui datazioni sono più omogenee, compare tra il 2200 e il 2150 a.C., sotto la spinta di nuovi impulsi straneri. Benché finisca per sostituire completamente il gruppo Rodano-Provenzale, spesso impiantandosi sugli stessi siti, appare quando il gruppo campaniforme non è ancora scomparso. La presenza di rari vasi barbelé e le numerose imitazioni all’interno delle serie Rodano-Provenzali potrebbe ugualmente indicare uno schema di integrazione delle nuove componenti culturali o la presenza contemporanea sul territorio di due realtà differenti. I siti attribuibili al gruppo barbelé mostrano nuove scelte insediamentali e la comparsa di vere fortificazioni di tipo inedito, che traducono dei cambiamenti, ancora non interpretati, nella situazione regionale.

Le relazioni tra Campaniforme e culture locali del Neolitico finale sono palesi e variate nel tempo e nello spazio. E’ evidente che il Campaniforme non comparve in una regione completamente priva di popolazione. Abbiamo potuto precisare come i principali gruppi culturali ad intrecciare rapporti diretti con il Campaniforme siano il gruppo di Fontbouisse e, forse ancora di più, il gruppo Rhône-Ouvèze, la cui definizione potrebbe indicare che si tratti del risultato dell’influenza del gruppo Fontbouisse sul gruppo Couronnien. Questa ultima interpretazione potrebbe, allo stesso tempo, spiegare l’assenza di relazioni dirette osservabili tra Couronnien e Campaniforme, che si tratti di uno sfalsamento cronologico o di rapporti culturali privilegiati. Si possono osservare strette relazioni in caso di contesti chiusi (sepolture singole, abitati all’aria aperta isolati) o configurazioni molto particolari con casi di mescolanza stilistica e/o tecnica. Il ruolo di tali gruppi locali sembra ridotto a partire dal pieno sviluppo del gruppo Rodano-Provenzale. Ciononostante il gruppo di Fontbouisse non è completamente scomparso in questo periodo, per lo meno nel Gard, e può darsi che una tradizione fontbuxiana persista in alcune aree fino alla fine del periodo. Esiste sempre la possibilità di una persistenza di altri gruppi culturali in alcune zone del sud-est della Francia, anche se non accertata. Solo tale possibilità potrebbe, se verificata, spiegare una eventuale componente locale nella genesi delle culture materiali del Bronzo antico.


La ricerca di confronti per i differenti elementi campaniformi riconosciuti nel sud-est della Francia è legata, come si è detto, allo stato della ricerca ed alla disponibilità di dati nelle altre regioni. Permette tuttavia, tenendo conto di questo limite, di ipotizzare due percorsi complementari per l’origine del Campaniforme nel sud-est e diversi livelli di relazioni possibili. Per quanto riguarda i primi elementi campaniformi (stile 1 e 2), i principali confronti rimandano sistematicamente verso ovest e più precisamente verso due zone: la Penisola iberica e il versante atlantico. E’ difficile riconoscere una zona nucleare unica per i diversi elementi osservati nel sud-est. Se il Portogallo potrebbe costituire questa zona sotto vari aspetti, l’assenza quasi totale della decorazione a cordicella in questo settore mostra che non è sufficiente a spiegare la genesi del Campaniforme del sud-est. Il nord-est della penisola e la regione “Pirenei - Roussillon - Linguadoca occidentale” costituiscono potenzialmente la zona di scambio dove ha potuto effettuarsi la sintesi degli elementi riconosciuti nel sud-est. In questo quadro, l’innegabile importanza dell’asse rodaniano deve essere considerata in senso sud-nord – per la diffusione di questi stili antichi 1 e 2 – e non in senso nord-sud, in assenza di elementi strettamente settentrionali nel sud-est della Francia. Con lo sviluppo del gruppo Rodano-Provenzale cambiano parzialmente le relazioni con le altre regioni. I legami con la Linguadoca occidentale (gruppo Pirenaico) e con la Penisola iberica sono sempre molto evidenti. Ma si stabiliscono contatti, probabilmente secondari, con alcune regioni settentrionali e, forse, orientali, attraverso l’asse del Rodano. Per il gruppo Barbelé numerosi confronti indicano un nuovo slittamento dei rapporti, con un’importante componente italica. Questa non è ancora localizzata con precisione e presenta sia tratti nord-orientali (di origine balcanica nord-occidentale) sia altri centrali (Toscana). Si tratta di una nuova rete di scambi, probabilmente distinta dalle precedenti, mentre nello stesso periodo sono forse riconoscibili influenze settentrionali e nord-orientali (Europa centrale) fino alla media valle del Rodano.

Riguardo alle differenti diffusioni riferite al Campaniforme, bisogna osservare che non si tratta, se non molto raramente, di semplici diffusioni di oggetti. Queste possono esistere, a volte anche su ampia scala, ma più spesso in ambito regionale. Gli approcci tecnologici allo studio della ceramica indicano molto chiaramente la presenza di trasferimento di tecnologie e la diffusione di artigianati attraverso regioni non contigue, che sottintende lo spostamento fisico di individui. Riguardo al numero di questi individui, resta difficile rispondere. E’ molto improbabile l’arrivo di popolazioni consistenti in occasione dell’introduzione del Campaniforme AOO, così come per la diffusione dei vasi dello standard. La presenza di una tradizione locale è evidente per tutta la durata di questa fase di introduzione, poi durante lo sviluppo del gruppo Rodano-Provenzale. Può tuttavia spiegarsi il fenomeno di acculturazione massiccia – che si percepisce nello sviluppo numerico e geografico dei siti a ceramica incisa e stampigliata che, in un modo o nell’altro, finiscono per soppiantare e sostituire i siti del Neolitico finale locale – come irradiazione da alcuni siti del Campaniforme AOO? Forse. Ma, a dire il vero, non lo pensiamo. Lo sviluppo del gruppo Rodano-Provenzale corrisponde a nuovi contatti con le regioni occidentali (tra l’Aude e la Penisola iberica) e senza dubbio all’insediamento di una popolazione. Questo schema permetterebbe di comprendere perché la Linguadoca orientale, raggiunta in un primo tempo solo da qualche vaso del tipo standard, sia in seguito interamente interessata da siti del Campaniforme Rodano-Provenzale.


I dati relativi all’insediamento dei Greci in Linguadoca mostrano una forte similitudine con quelli relativi alla comparsa del Campaniforme nel sud-est. L’interpretazione che viene fatta dei primi ha il vantaggio di fondarsi parzialmente su fonti scritte (alcune tardive) e sul fatto di ripetersi in diversi settori del Mediterraneo. Anche se non è accertata la validità di questo approccio, cosa che necessiterebbe di un grosso lavoro, si tratta qui di restare a livello di osservazione e di esaminarne le conseguenze. Il Campaniforme potrebbe così essere interpretato in termini di esplorazione, di creazione di rapporti su vie di scambio o di approvvigionamento e – perché no? – di colonizzazione. E’ in effetti quello che potrebbe uscire dallo schema spazio-temporale del sud-est. Si assisterebbe allora all’installazione di “empori” a diretto contatto delle popolazioni indigene e alla diffusione verso l’interno di prodotti considerati “di lusso” o semplicemente esotici dalla popolazioni locali, che li avrebbero tesaurizzati ed integrati ai loro corredi funerari. Tale diffusione potrebbe essere legata – allo stesso tempo come causa ed effetto in una regione ed in un’epoca in cui l’ostentazione e il prestigio sembrano molto ricercati – a fenomeni di imitazione ideologica e/o simbolica. In un secondo tempo, lo sviluppo di una cultura regionale campaniforme potrebbe corrispondere ad un fenomeno di acculturazione di massa, all’insediamento di popolazioni più consistenti e ad un sincretismo culturale che non sembra essersi prodotto nello stesso momento e nello stesso modo in tutti i settori della regione considerata.

L’analisi dei dati del sud-est della Francia e le interpretazioni che si possono proporre portano a formulare alcune riflessioni, la cui portata più generale sembrava inizialmente preclusa all’approccio regionale. Tra le domande che sono alla base di tutti i lavori sul Campaniforme, quella sulla funzione delle ceramiche campaniformi e sulla ragione della loro diffusione è sicuramente stata più di ogni altra oggetto di proposte e di dibattiti. Sarà sicuramente difficile ancora per molto tempo rispondere a questa domanda, anche se è molto probabile che questo vasellame particolare, costituito da vasi per bere, sia semplicemente legato ad un’attività di consumazione (ritualizzata o no). Se attualmente è difficile andare oltre, bisogna affrontare in modo diverso questo fenomeno osservando che non è per forza la diffusione dei bicchieri ad essere importante, ma quello che essa nasconde (e che ci dovrebbe rivelare). E’ anche possibile andare più lontano, domandandosi se ci sia stata realmente una diffusione di bicchieri campaniformi su scala europea. Quello che si può osservare nel sud-est della Francia è probabilmente la diffusione limitata di alcuni oggetti particolari in seno alle culture locali, ma solo a livello regionale. La diffusione reale non è quella di una ceramica, e nemmeno di una tecnica o di un uso di tale ceramica, ma piuttosto quello di persone e sicuramente di gruppi. Le ceramiche specifiche, con la loro decorazione facilmente identificabile, non sono allora che i rivelatori del fenomeno, non più complessi ma più discreti.

Per il Campaniforme gli indizi di bruschi cambiamenti culturali e in alcuni casi di probabile spostamento di popolazioni sono sempre più evidenti, in diverse regioni d’Europa. L’ampiezza di questi spostamenti, per distanza e per numero di persone coinvolte, è sconosciuta e resta difficile dimostrare reali migrazioni. Anche la natura dei contatti tra questi gruppi campaniformi e i gruppi indigeni è difficile da precisare, ma nel sud-est sono presenti diversi indizi. Se gli insediamenti del Campaniforme AOO sono di origine estranea alla regione, bisogna nello stesso tempo ricordare l’esistenza di oggetti e di tecniche che indicano la presenza di indigeni nello stesso sito come pure una certa “mescolanza stilistica” già presente per alcuni oggetti. Parallelamente, questo insediamento resta delimitato ai bordi della valle del Rodano e della costa mediterranea e gli approvvigionamenti di materie prime sono molto chiaramente ristretti su un territorio locale. Questi dati traducono una certa difficoltà ad impiantarsi, dei contatti delicati con alcuni indigeni bellicosi? Non disponiamo di nessuna fonte affidabile per affrontare la questione. I contatti diretti saranno sempre difficili da mettere in evidenza, ma non possono che essersi verificati. Nel sud-est della Francia l’apogeo del gruppo Fontbouisse, che sembra influenzare direttamente le regioni vicine, è un periodo di irradiazione culturale. Si connota con una forte densità di occupazione nel Gard, con grandi siti di pianura muniti di fossati, lo sviluppo di un’architettura in pietra nella zona delle garrigues e contemporaneamente con un’espansione verso altre regioni. L’origine nella Penisola iberica del Campaniforme che raggiunge questo sud-est non sarebbe legata ad uno stesso fenomeno di espansione a partire da una regione come l’Estremadura portoghese. In questa regione si manifesta una certa pressione (demografica, sociale ed ideologica?) con la costruzione nel Neolitico finale di siti cintati – come in altre regioni della penisola – numerosi e il cui carattere di fortificazione non lascia adito a dubbi. Le molteplici vie seguite dal Campaniforme AOO e internazionale verso nord lungo le coste atlantiche e verso il Mediterraneo indicano senza dubbio un fenomeno di espansione alla ricerca di zone di approvvigionamento o anche di insediamento.


La questione della genesi della cultura del Bronzo antico del sud-est della Francia non è stata realmente affrontata nell’ambito di questo lavoro, poiché comporta sviluppi specifici che saranno realizzati in altri ambiti. E’ comunque possibile, a partire dai dati campaniformi, fare alcune osservazioni su questa vasta problematica. L’osservazione dei dati archeologici ed una serie di datazioni tendono a collocare la comparsa del gruppo Barbelé attorno a 2200 e più probabilmente 2150 BC, al più presto. In seguito, l’insediamento di questo gruppo Barbelé sembra avere un effetto diretto sul gruppo Rodano-Provenzale che è, di fatto, contemporaneo a questo impianto. Infine, se questo gruppo Barbelé partecipa alla genesi della cultura del Bronzo antico (cosa che resta da dimostrare con precisione), bisogna interrogarsi sulla definizione stessa di antica età del Bronzo e sull’adesione di questo gruppo a tale definizione. Dal punto di vista culturale, le componenti del Bronzo antico del bacino del Rodano sono ancora in fase di riconoscimento e di attribuzione. Dopo la formulazione di numerose ipotesi, riprese e commentate durante l’ultimo quarto di secolo e ancora molto recentemente, la questione non è ancora risolta. Nella costituzione dell’insieme rodaniano del Bronzo antico, gli aspetti meridionali (Campaniforme recente e culture locali del Neolitico finale) sono sicuramente meno importanti di quelli provenienti dall’Europa centrale, in senso ampio. La bassa valle del Rodano si isola senza dubbio in questo schema generale est-ovest o nordest-sudovest, con una componente barbelé rilevante almeno fino al 1900 BC circa. Lo sviluppo degli insediamenti del Campaniforme AOO e poi delle culture del Bronzo antico corrisponde a schemi differenti e ad origini geografiche opposte. E’ tuttavia, molto probabilmente, attraverso l’espansione del Campaniforme della Penisola iberica che si realizzano reti che portano alla diffusione, in senso contrario, di oggetti e influenze nella alta valle del Rodano e nel sud della Francia, a partire dalla fase del Campaniforme Rodano-Provenzale. Il campaniforme inaugura allo stesso modo le vie di diffusione del Bronzo antico.

La tradizione neolitica è importante per l’insieme dei dati considerati. I modi di vita sono indubbiamente equivalenti: un’economia agricolo-pastorale e attività artigianali tradizionali, completate solo dallo sviluppo della metallurgia, che è d’altra parte nettamente antecedente al Campaniforme. Tuttavia, nel terzo millennio, il numero di siti conosciuti, la costruzione di “piccoli castelli” e di grandi monumenti, così come lo sviluppo di indicatori culturali variati traducono probabilmente nello stesso tempo il successo e la crisi di questo mondo neolitico. Una rilevante pressione demografica implicherebbe un’esasperazione di élites e di simboli. Alla fine di questa fase, la comparsa di piccoli oggetti in bronzo nel sud-est indica lo sviluppo di nuove tecniche che segnano la fine dell’età della pietra – in senso stretto. Ma la seconda metà del terzo millennio è caratterizzata, più che dalle tecniche, dalla creazione di nuove vie di spostamento o di scambio attraverso l’Europa. L’importanza del Mediterraneo per le regioni dell’Europa meridionale, ancora rilevante per la prima diffusione del Campaniforme, viene messa in discussione dall’espansione di culture mitteleuropee. E’ già qui, in questo senso, l’alba della Protostoria.
(Traduction V. Leonini)

[1] Economies, Sociétés et Environnements Préhistoriques UMR 6636 – ESEP (CNRS, Université de Provence, Ministre de la Culture), Maison Méditerraneenne de Sciences de l’Homme, Aix-en-Provence (Francia)

[2] Comunicazione personale del dott. Robin Furestier.